Accord de dernière minute sur le Brexit: un territoire britannique intègre l’espace Schengen

L’accord de principe sur Gibraltar doit encore être officialisé par un traité entre le Royaume-Uni et la Commission européenne – Isopix

Quelques heures avant le retrait officiel du Royaume-Uni de l’Union européenne, Londres et Madrid sont parvenus à un accord sur Gibraltar. Les règles de l’espace Schengen vont s’appliquer à la possession britannique du sud de la péninsule ibérique.

Si l’Union européenne et le Royaume-Uni avaient annoncé un accord le 24 décembre dernier, la question de Gibraltar n’avait pas encore été réglée. Un deal est survenu ce 31 décembre, à la veille de l’officialisation du Brexit.

Cet accord prévoit l’application à Gibraltar des accords de Schengen, qui prévoient la libre circulation des personnes sans contrôle des passeports entre 26 Etats européens, parmi lesquels la Norvège, la Suisse ou le Lichtenstein.

Comme Gibraltar n’est pas un Etat souverain, il ne peut pas devenir un membre à part entière de l’espace Schengen. C’est l’Espagne qui sera chargée de l’application de ces règles, le tout sous l’égide de Frontex, l’agence européenne chargée du contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne.

Environ 15.000 Espagnols franchissent chaque jour la frontière pour aller travailler à Gibraltar, où résident 34.000 habitants. Plus d’une centaine de camions se rendent également chaque jour dans le territoire britannique afin de le ravitailler, étant donné qu’il dépend exclusivement des importations pour ses denrées alimentaires. A cela, il faut ajouter les plus de 10 millions de touristes qui visitent Gibraltar chaque année.

Comme la chute du mur de Berlin

L’évitement d’une frontière dure entre l’Espagne et Gibraltar a été annoncée avec soulagement par les autorités espagnoles. ‘Il n’y a plus de barrière. Schengen s’applique à Gibraltar (dans ses relations) avec l’Espagne, ce qui permet de supprimer les contrôles entre Gibraltar et l’Espagne, cela permet de retirer la barrière’, a déclaré Arancha González Laya lors d’une conférence de presse à Madrid. 

Juan Lozano, président d’une organisation qui représente huit municipalités espagnoles de la zone frontalière, a accueilli la nouvelle avec un grand enthousiasme. ‘C’est une journée historique’, a-t-il déclaré. ‘Un jour dont nous nous souviendrons de la même façon nous nous souvenons de la chute du mur de Berlin en 1989.’

Le deal convenu ce 31 décembre n’est pour l’instant qu’un accord de principe entre Londres et Madrid. Un traité va devoir être signé entre l’Union européenne et le Royaume-Uni afin de l’officialiser.

‘Nous allons maintenant transmettre cet accord à la Commission européenne, afin d’entamer les négociations sur le traité officiel. En attendant, toutes les parties s’engagent à atténuer les effets de la fin de la période de transition sur Gibraltar, et en particulier à assurer la fluidité des frontières, ce qui est clairement dans l’intérêt des populations vivant de part et d’autre’, a commenté le chef de la diplomatique britannique Dominic Raab, soulignant que le Royaume-Uni continuait de ‘soutenir fermement Gibraltar’ sur la protection de sa souveraineté.

Gibraltar pas encore totalement soulagé

En attendant, bien qu’ils soient soulagés d’avoir évité une frontière dure, les Gibraltariens n’exultent pas encore. Ils attendent de voir la façon dont l’Espagne va gérer l’application des règles de Schengen sur la frontière.

‘Tout soupir collectif de soulagement doit être tempéré par le manque de connaissance de l’arrangement précis’, a réagi l’opposition sociale-démocrate de Gibraltar dans un communiqué.

Depuis que le territoire a été cédé au Royaume-Uni en 1713, la souveraineté sur Gibraltar est régulièrement revendiquée par l’Espagne. L’épisode le plus douloureux eut lieu sous le régime franquiste, qui avait vu la frontière être fermée en 1969 avant de ne rouvrir totalement qu’en 1985. D’autres tensions sont encore survenues par la suite, Gibraltar se plaignant à plusieurs reprises de contrôles renforcés à la frontière mis en place par l’Espagne.

‘Nous allons éviter les pires effets d’un Brexit dur. Cela n’a pas été facile et nous y sommes arrivés’, a tenu à rassurer le Premier ministre de Gibraltar Fabian Picardo, soulignant que l’accord n’engendrerait aucune concession vis-à-vis de l’Espagne. ‘Aucun aspect du cadre accordé ne transgresse les positions de Gibraltar sur la souveraineté, la juridiction et le contrôle’, a-t-il déclaré, tenant à rassurer sa population.