Principaux renseignements
- L’instabilité de la dette publique française entraîne une flambée des rendements obligataires et suscite l’inquiétude des investisseurs.
- L’impasse politique empêche la mise en œuvre de coupes budgétaires indispensables et fait peser le risque d’une dégradation de la note de crédit.
- La volatilité des marchés contraint la BCE à reporter ses hausses de taux d’intérêt.
L’instabilité des marchés liée à la dette publique française domine le paysage financier à la veille de la prochaine annonce des taux d’intérêt de la Banque centrale européenne (BCE). Alors que la BCE devrait maintenir ses taux inchangés jeudi prochain, la vague de ventes d’obligations françaises resserre déjà les conditions de crédit dans toute la région. Christine Lagarde, présidente de la BCE, a souligné que la responsabilité de résoudre les défis budgétaires de la France incombe au gouvernement français plutôt qu’à la banque centrale.
Flambée des rendements obligataires
La pression financière qui pèse sur la France se reflète clairement dans les taux obligataires. Le taux des obligations d’État à 10 ans a récemment dépassé les 5 pour cent, un pic qui n’avait plus été observé depuis 2002. Cela a entraîné un écart considérable de plus de 170 points de base par rapport aux obligations d’État allemandes, considérées comme plus sûres. Le taux des obligations à 30 ans a également atteint 5,5 pour cent. L’inquiétude des investisseurs se reflète également dans les swaps de défaut de crédit, qui ont dépassé les 100 points de base, leur plus haut niveau depuis la crise de la dette souveraine de 2012, à mesure que le coût de la souscription d’une assurance contre une faillite de la France augmente.
Impasse politique
Cette volatilité économique est encore accentuée par l’instabilité politique. Le gouvernement français peine à faire adopter un budget prévoyant 43 milliards d’euros d’économies, faute de majorité parlementaire. De plus, Moody’s devrait abaisser la note de la France de Aa3 à A1. Les tensions sociales s’intensifient également. Les syndicats appellent à des grèves de grande ampleur le 5 novembre et les autorités recommandent aux entreprises de renforcer leur sécurité compte tenu des manifestations prévues.
L’influence du marché
Il est intéressant de noter que le marché obligataire joue actuellement le rôle de la banque centrale. Bien que l’inflation ait atteint 3,8 pour cent en septembre, ce qui souligne la nécessité d’une hausse des taux d’intérêt, la hausse des taux obligataires exerce d’ores et déjà une pression à la baisse sur la croissance. Selon Carsten Brzeski, d’ING, la réaction du marché équivaut à une hausse des taux de 25 points de base pour l’Allemagne et de près de 50 points de base pour la France. Cela pourrait amener la BCE à reporter de nouvelles hausses de taux jusqu’à ce que de nouvelles prévisions soient disponibles en décembre.
Contraintes pesant sur l’intervention de la BCE
En ce qui concerne une éventuelle intervention, la BCE s’est montrée réticente à intervenir. Bien que des outils tels que l’Instrument de protection de la transmission (TPI) existent pour empêcher la fragmentation du marché, ils exigent que le pays bénéficiaire respecte les orientations budgétaires de l’UE. Avec un ratio dette/PIB de 119,1 pour cent et des coûts de service de la dette en hausse, la France peine à satisfaire à ces critères de viabilité. Le recours prématuré au TPI pourrait être considéré comme un plan de sauvetage inapproprié pour un gouvernement qui ne parvient pas à mettre en œuvre une discipline budgétaire.
Stratégies alternatives
Une autre option, les « Outright Monetary Transactions » (OMT), reste peu probable, car elle nécessite la mise en place d’un programme de sauvetage officiel. Les analystes suggèrent plutôt que la BCE pourrait simplement ralentir la réduction de son portefeuille d’obligations grâce à des réinvestissements flexibles. En dernier recours, si l’instabilité venait à s’étendre, la BCE pourrait recourir au TPI. La France pourrait alors en être exclue si elle continue à ignorer les règles budgétaires. Pour l’instant, on s’attend à ce que la prochaine réunion n’entraîne aucun changement de politique, même si le ton devrait être vif. (ev)
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