La Banque de Russie conteste les règles de l’UE relatives à l’application des sanctions


Principaux renseignements

  • La Russie conteste les réglementations de l’UE qui empêchent l’exécution à l’échelle mondiale des décisions de justice russes.
  • Euroclear fait l’objet d’une demande d’indemnisation de 200 milliards d’euros suite au gel des avoirs de l’État russe.
  • Cette bataille juridique met à l’épreuve les limites de la compétence extraterritoriale et du droit international.

La Banque de Russie a intenté une action en justice devant les instances judiciaires de l’Union européenne. Par cette action en justice, la banque entend contester la réglementation qui protège les entreprises européennes contre l’exécution de décisions judiciaires russes liées aux sanctions. Ce litige porte sur le 21e paquet de sanctions de l’UE, et concerne principalement une disposition adoptée en juillet qui empêche les entités russes de demander la reconnaissance ou l’exécution de certaines décisions judiciaires en dehors de l’UE. En vertu de ces règles, les États membres de l’UE peuvent sanctionner les parties russes qui tentent de faire exécuter de tels jugements à l’échelle mondiale, une mesure que Bruxelles a mise en place pour protéger les entreprises qui se conforment à la politique restrictive de l’UE.

Arguments juridiques de Moscou

Moscou soutient que ces réglementations constituent un abus de pouvoir, affirmant qu’elles violent l’immunité souveraine des États, la sécurité juridique et le droit fondamental à l’accès à la justice. La Banque centrale russe fait en outre valoir qu’en restreignant l’exécution dans les pays hors de l’UE, la législation exerce indûment une autorité extraterritoriale.

Le conflit Euroclear

Au cœur de ce conflit se trouve le groupe de règlement Euroclear, basé à Bruxelles. Celui-ci gère la grande majorité des actifs publics russes gelés en Europe. À la suite d’une décision rendue en mai par un tribunal d’arbitrage de Moscou, Euroclear a été condamné à verser plus de 200 milliards d’euros de dommages-intérêts pour avoir gelé ces réserves. Bien que le droit de l’Union européenne empêche l’exécution de ce jugement au sein de l’Union, la principale préoccupation d’Euroclear réside dans la possibilité que la Russie s’en prenne aux actifs de la société dans des pays tiers. Afin de limiter ce risque, Euroclear a déjà demandé des mesures de protection auprès des tribunaux belges.

Conséquences financières en Belgique

Les enjeux financiers sont fortement concentrés en Belgique. Fin juin, Euroclear a indiqué que 202 milliards d’euros de son bilan de 241 milliards d’euros étaient constitués d’actifs russes soumis à des sanctions. La société a précisé que, bien qu’elle ait perçu 2,3 milliards d’euros d’intérêts sur ces actifs au premier semestre 2026, elle avait également engagé 146 millions d’euros de coûts liés au régime de sanctions et versé environ 6,6 milliards d’euros au mécanisme de recettes exceptionnelles de l’UE.

Complications juridiques

Ajoutant à l’instabilité juridique, le Conseil d’État belge a récemment annulé une décision du Trésor concernant la banque russe BCS en raison d’une délégation de pouvoirs irrégulière. Bien que cela n’ait pas entraîné le déblocage des fonds, cela représente une complication juridique supplémentaire pour la gestion des avoirs gelés.

Un conflit systémique

En fin de compte, cette affaire portée devant le Tribunal de l’Union européenne représente un conflit systémique entre juridictions. L’UE tente de protéger ses entreprises contre les contre-mesures judiciaires russes, tandis que la Russie conteste le droit de l’UE à dicter les actions en justice engagées devant des tribunaux étrangers. Alors que les litiges concernant les réserves immobilisées s’étendent à l’échelle mondiale, l’issue de cette affaire déterminera la manière dont le droit international traitera les frictions entre les instances sanctionnantes et les revendications souveraines de l’État sanctionné. (ev)

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