Shell : les marchés mondiaux de l’énergie perdent leurs réserves de sécurité


Principaux renseignements

  • Les marchés énergétiques mondiaux ont perdu leurs marges de sécurité essentielles face à de futurs chocs d’approvisionnement.
  • L’Europe est extrêmement vulnérable en raison de niveaux de stockage de gaz historiquement bas.
  • L’épuisement des réserves expose le monde à des flambées de prix catastrophiques.

Adam Ritchie, économiste en chef chez Shell, avertit que les marchés énergétiques mondiaux disposent de moins en moins de marge pour absorber de nouvelles perturbations. Jusqu’à présent, le monde a réussi à absorber une importante pénurie d’approvisionnement en provenance du Moyen-Orient. Selon Shell, elle représente environ 1,6 milliard de barils de pétrole brut et de condensats, ainsi que 36 millions de tonnes de GNL. Les amortisseurs qui ont jusqu’ici permis au marché de tenir commencent toutefois à s’épuiser. C’est ce qui ressort d’une analyse consacrée à l’avertissement de Shell. À lui seul, le déficit de GNL correspond approximativement au total des importations annuelles de la France et du Royaume-Uni réunis.

Une capacité réduite à absorber les chocs

Le marché mondial de l’énergie a jusqu’ici pu absorber les perturbations grâce à plusieurs amortisseurs temporaires. La demande chinoise a notamment diminué, tandis que les stocks disponibles ont été utilisés. Les capacités disponibles dans les pipelines et le transport maritime ont également été davantage exploitées. La production en Amérique du Nord et du Sud a par ailleurs augmenté.

Shell avertit que ces mécanismes ne sont pas illimités. À mesure que les stocks diminuent et que les navires sont pleinement utilisés, le marché devient moins capable d’absorber de nouvelles perturbations. Un nouveau choc pourrait donc entraîner des hausses de prix plus importantes.

Les stocks de gaz européens restent faibles

L’Europe se trouve dans une position particulièrement vulnérable. Les réserves de gaz naturel de l’Union européenne sont remplies à environ 67 pour cent. Il s’agit d’un niveau historiquement bas pour cette période de l’année, bien inférieur à l’objectif de 80 pour cent fixé pour décembre.

L’Allemagne est particulièrement concernée. Ses stocks de gaz ont atteint leur niveau le plus bas depuis environ 15 ans. L’Europe reste ainsi dépendante de plusieurs facteurs à la fois : un approvisionnement suffisant via les gazoducs norvégiens, des livraisons régulières de GNL, un hiver relativement doux et une concurrence limitée de la part de l’Asie.

Ormuz reste un point de passage critique

Le détroit d’Ormuz reste également un facteur d’incertitude pour le marché de l’énergie. Environ 20 pour cent des flux mondiaux de GNL passent par cette route. Toute perturbation peut donc avoir des conséquences importantes sur l’approvisionnement mondial.

La hausse de la production américaine a partiellement réduit la pression sur le marché. Dans le même temps, cette offre supplémentaire accroît la concurrence entre l’Europe et l’Asie. Les deux régions recherchent de plus en plus les mêmes cargaisons de GNL flexibles.

Les acheteurs asiatiques réduisent leur demande

En Asie, certains acheteurs réagissent aux prix élevés du GNL en réduisant leurs achats de gaz. Les marchés sensibles aux prix en Asie du Sud et du Sud-Est recherchent notamment des alternatives moins coûteuses. Ils se tournent par exemple vers le charbon ou le gaz produit localement.

Cette situation crée un double effet pour Shell. L’entreprise peut profiter des écarts de prix et de la volatilité accrue sur les marchés. En revanche, un déplacement durable de la demande vers d’autres sources d’énergie pourrait peser sur les objectifs de croissance futurs de Shell.

Le GNL reste essentiel pour Shell

Shell a fortement lié sa stratégie d’entreprise au GNL. Le groupe vise une croissance annuelle de ses ventes de GNL de 4 à 5 pour cent jusqu’en 2030. Shell s’attend également à une forte hausse de la demande mondiale de GNL au cours des prochaines décennies.

La trajectoire de croissance reste toutefois incertaine. Même si le détroit d’Ormuz redevenait pleinement accessible, les stocks épuisés devraient être reconstitués. Cela pourrait maintenir la demande énergétique à un niveau élevé et maintenir les marchés sous tension. Selon les estimations actuelles, cette situation pourrait se prolonger jusqu’en 2027.

Le marché a puisé dans ses réserves

Le marché mondial de l’énergie a jusqu’ici pu absorber les perturbations en utilisant au maximum les réserves existantes et les infrastructures disponibles. Cela a permis d’éviter une crise plus importante.

Une partie des capacités de réserve a toutefois déjà disparu. Les stocks doivent être reconstitués et les capacités de transport maritime et de pipelines doivent redevenir disponibles. Tant que ce ne sera pas le cas, le marché restera plus sensible aux nouvelles perturbations.

L’hiver prochain constituera un facteur important. Une période de froid intense pourrait fortement augmenter la demande de gaz et accentuer la pression sur les prix. Une perturbation géopolitique pourrait ainsi se traduire plus rapidement par des conséquences économiques. (zvm)

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