« Max », la super-application russe utilisée pour la surveillance de masse par l’État


Principaux renseignements

  • La Russie utilise la super-application « Max » pour surveiller des millions de citoyens.
  • Des portes dérobées sophistiquées permettent à l’État de capturer des données privées et d’usurper l’identité des utilisateurs.
  • Son adoption forcée crée un dangereux modèle mondial favorisant l’émergence rapide d’un autoritarisme numérique.

Des enquêtes ont révélé que le gouvernement russe utilise une « super-application » complète, connue sous le nom de Max, pour surveiller sa population. Cette plateforme, qui intègre divers services au sein d’une seule interface, a été imposée de manière agressive à des dizaines de millions d’utilisateurs au cours des dix-huit derniers mois. Bien qu’elle ait été présentée par des célébrités et des responsables comme une alternative nationale aux outils de messagerie occidentaux, elle est rapidement devenue l’outil de communication le plus utilisé du pays. C’est ce que rapporte The Guardian, sur la base d’une enquête consacrée à l’utilisation de l’application en Russie.

L’architecture du contrôle d’État

Développée par VKontakte — un réseau social étroitement lié à l’État et dont Vladimir Poutine serait, selon certaines sources, le propriétaire indirect —, Max fonctionne de manière similaire à l’application chinoise WeChat. Elle sert de plateforme centrale pour des « mini-applications » qui permettent d’effectuer des tâches quotidiennes essentielles, notamment des démarches administratives, des transactions financières et l’envoi de messages. Cependant, contrairement au déploiement progressif de WeChat, Max a été mise en place rapidement dans une société qui bénéficiait auparavant d’un Internet plus ouvert.

Une « porte dérobée » sophistiquée pour la surveillance

Des experts en informatique de l’université du Michigan, dirigés par Roya Ensafi, ont identifié cette application comme une « porte dérobée » sophistiquée au service de la surveillance d’État. Leur analyse forensique révèle que Max peut capturer secrètement des captures d’écran de l’appareil d’un utilisateur. Elle peut également accéder à toutes les données au sein de son écosystème de mini-applications, y compris les messages privés et les données financières.

De plus, l’application peut usurper l’identité des utilisateurs et injecter du code malveillant. Cela permettrait potentiellement à l’État de mener des cyberattaques. Bien que l’application ne puisse pas contourner le chiffrement d’outils externes tels que Signal ou WhatsApp, le gouvernement russe a activement interdit ces alternatives.

Adoption forcée et pression systémique

L’adoption de Max relève souvent de la contrainte plutôt que du libre choix. Les fonctionnaires, les enseignants et les étudiants ont subi des pressions pour transférer leurs communications vers cette plateforme.

Par exemple, certains enseignants de Moscou ont reçu l’ordre des autorités municipales d’utiliser l’application pour leurs contacts professionnels. Ils doivent également l’utiliser pour leurs communications avec les parents.

De même, des étudiants de Saint-Pétersbourg ont rapporté que l’accès aux logements universitaires et aux installations de l’université était subordonné à l’utilisation du système de codes QR de l’application.

Le fossé entre le grand public et l’élite

Malgré cette adoption forcée, un fossé persiste dans la manière dont l’application est utilisée. Alors que le grand public se sent piégé par le système, les membres de l’élite politique considèrent souvent Max comme une obligation de forme.

Certains initiés admettent utiliser des téléphones « factices » dédiés à Max. Ils continuent toutefois à communiquer sur des plateformes cryptées. De plus, Max peine à reproduire le succès de Telegram en matière de diffusion d’actualités.

Un avertissement mondial sur l’autoritarisme numérique

Cette évolution rapide vers l’autoritarisme numérique constitue un avertissement pour la communauté internationale. Le professeur Ensafi note que, alors que la Chine a mis des décennies à mettre en place son État de surveillance, la Russie a atteint un niveau de contrôle similaire en un temps record, offrant ainsi un modèle dangereux aux autres régimes autocratiques à travers le monde.(zvm)

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