Principaux renseignements
- À l’approche des élections législatives prévues mi-septembre, un débat fait rage en Suède sur l’imposition du patrimoine.
- Les citoyens suédois fortunés pourraient quitter le pays pour échapper aux projets d’impôt sur la fortune.
- Les pressions politiques en faveur de la redistribution risquent d’étouffer l’innovation entrepreneuriale et la croissance.
- La récente fuite des capitaux en Norvège constitue un avertissement sans équivoque pour les décideurs politiques suédois.
À l’approche des élections législatives, les citoyens suédois fortunés envisagent de transférer leurs actifs ou de s’installer à l’étranger en raison de la pression croissante en faveur de nouveaux impôts sur la fortune. Les sondages actuels indiquent que l’opposition, menée par les sociaux-démocrates, détient une avance significative sur la coalition du Premier ministre Ulf Kristersson.
Au sein de cette opposition, les Verts et le Parti de gauche font pression pour alourdir la fiscalité des plus riches, ce qui fait craindre qu’ils n’influencent le programme fiscal des sociaux-démocrates.
Tendance mondiale à la redistribution des richesses
Cette tendance reflète une évolution internationale plus large vers l’imposition des particuliers fortunés afin de lutter contre les inégalités et d’augmenter les recettes publiques, à l’image des débats qui ont actuellement lieu à New York, en Californie et au Royaume-Uni.
En Suède, le Parti de gauche plaide en faveur d’un impôt sur les milliardaires, d’un éventuel impôt de sortie pour les personnes qui émigrent et d’une refonte de l’impôt foncier sur les résidences de luxe. Parallèlement, le Parti vert réclame également une augmentation des contributions des 1 pour cent les plus riches.
Fuite des capitaux
Les chefs d’entreprise et les experts juridiques avertissent que ces propositions pourraient déclencher un exode massif. Klas Tikkanen, de Nordic Capital, note sur Bloomberg que de nombreux acteurs du monde de l’investissement sont déjà à la recherche d’alternatives à l’étranger, tandis que Martin Lorentzon, cofondateur de Spotify, a souligné la menace que de tels impôts font peser sur l’esprit d’entreprise.
L’avocat fiscaliste Mattias Schömer rapporte que ses clients modifient de manière proactive leurs testaments, leurs plans de succession et leurs structures d’entreprise, certains envisageant même de délocaliser le siège de leur entreprise hors de Suède.
Avertissement en provenance de Norvège
Le débat est encore exacerbé par l’exemple de la Norvège, où l’augmentation des impôts sur la fortune depuis 2021 a entraîné un exode visible des résidents fortunés. Les investisseurs suédois suivent de près cette évolution, qu’ils considèrent comme un exemple édifiant.
Bien que la dirigeante social-démocrate Magdalena Andersson ait écarté tout retour aux anciens taux d’imposition sur les successions et les donations, la possibilité d’un compromis politique reste une préoccupation majeure pour la classe des investisseurs.
L’argument en faveur de l’équité sociale
Les partisans des réformes fiscales, tels qu’Ida Gabrielsson du Parti de gauche, font valoir que le système actuel favorise injustement le capital au détriment du travail. Ils soutiennent que cibler les milliardaires permettrait de générer des ressources essentielles pour le système social sans compromettre l’environnement des affaires en Suède.
Les Verts se font l’écho de ce sentiment, suggérant qu’une imposition plus élevée des ultra-riches est nécessaire pour une société plus équitable.
Risques pour l’innovation et la croissance
Cependant, les détracteurs soulignent que la position unique de la Suède en tant que pôle européen des start-ups « licornes » rend les impôts sur la fortune particulièrement instables. Les fondateurs détenant souvent un patrimoine illiquide sous forme d’actions de leur entreprise, une imposition sur ces actifs pourrait les contraindre à vendre leurs actions prématurément.
Robert Falck, fondateur d’Einride, souligne que si le concept d’équité est séduisant, taxer la « richesse sur le papier » nuit à la croissance des entreprises. Cette même critique a également été formulée récemment en Belgique par Fabien Pinckaers, PDG d’Odoo. Les opposants font valoir que le coût final ne serait pas supporté par les riches, mais par l’économie dans son ensemble, en raison de la perte d’innovations et d’investissements futurs. (fc)
Suivez également Business AM sur Google Actualités
Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

