Principaux renseignements
- Le conflit dans le détroit d’Ormuz a réduit de 95 pour cent le trafic maritime quotidien.
- Les prix mondiaux de l’énergie ont grimpé en flèche, les exportations de pétrole brut ayant chuté de près de moitié.
- Des infrastructures diversifiées, telles que les oléoducs, ont protégé l’Arabie saoudite de pertes importantes.
Le secteur maritime mondial, qui assure environ 80 pour cent du volume du commerce international, est actuellement confronté à l’une des perturbations les plus graves qu’il ait connues depuis des décennies. Au cœur de cette crise se trouve le détroit d’Ormuz, un goulet d’étranglement vital de 33 km pour les exportations d’énergie. Contrairement à d’autres voies maritimes, cette route ne dispose d’aucune alternative maritime viable, ce qui fait de toute restriction une menace importante pour l’économie mondiale.
Chute vertigineuse des volumes de trafic
Le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran a entraîné une chute vertigineuse du trafic. Avant le début des hostilités, une centaine de navires en moyenne traversaient le détroit chaque jour. Suite à la fermeture annoncée par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et aux blocus navals américains qui ont suivi, ce nombre a chuté d’environ 95 pour cent, pour atteindre une moyenne de seulement cinq navires par jour entre la mi-juillet et la fin août. Si un bref accord provisoire conclu en juin avait permis une légère augmentation à 20 navires, les chiffres se sont à nouveau effondrés après la reprise du blocus américain le 14 juillet. Selon des données récentes publiées par Al Jazeera reflètent cette volatilité ; par exemple, un jeudi, seuls sept navires de transport de marchandises — y compris des pétroliers et des méthaniers — ont transité par le détroit, ce qui représente une baisse par rapport aux 17 de la veille et une chute en dessous de la moyenne sur 10 jours, qui est de 15.
Chocs sur les marchés énergétiques mondiaux
Les répercussions économiques sont profondes, en particulier pour les marchés de l’énergie. Avant la guerre, le détroit acheminait environ 38 pour cent du pétrole brut transporté par voie maritime dans le monde, 29 pour cent du GPL et 19 pour cent du GNL. Depuis le début du conflit, les exportations de brut du Golfe ont chuté de près de moitié, passant de 17 millions de barils par jour en 2025 à environ 9 millions en août 2026. Cela a entraîné une hausse des prix du pétrole d’environ 20 pour cent, bien que certains analystes suggèrent que cette hausse ait été atténuée par des stocks élevés d’avant-guerre qui ont servi de tampon — une réserve qui est désormais presque épuisée.
Vulnérabilités nationales et régionales
Au niveau national, l’impact varie fortement. Madagascar, l’Érythrée, le Pakistan, le Japon et le Kenya figurent parmi les pays les plus vulnérables. Leur économie dépend fortement du pétrole provenant du Golfe.
À l’échelle régionale, le Koweït a enregistré la plus forte baisse du trafic portuaire, avec 86 %. Le pays ne dispose pas d’itinéraires alternatifs. Les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Irak et Bahreïn ont également enregistré des baisses importantes, comprises entre 66 et 69 %.
L’Arabie saoudite a, en revanche, limité la baisse à 15 %. Son réseau de pipelines et son accès à la mer Rouge ont permis de réduire l’impact. Les flux maritimes se sont ainsi déplacés vers l’Asie du Sud-Est. La Malaisie et Singapour sont devenus les principales plateformes pour l’énergie redirigée.
Efforts diplomatiques et itinéraires alternatifs
Les efforts pour stabiliser la voie navigable se poursuivent. Des médiateurs, dont des émissaires qatariens, ont demandé à l’Iran de garantir la liberté de navigation. Téhéran a accepté de créer les conditions nécessaires au retour d’un trafic normal.
L’Iran et Oman ont également coordonné la mise en place de voies de navigation temporaires. Ces itinéraires doivent faciliter la circulation des navires.
D’autres points de passage stratégiques restent toutefois actifs dans la région. Récemment, 17 navires transportant des matières premières ont notamment traversé le détroit de Bab el-Mandeb.
L’évolution des menaces maritimes
Les experts du secteur soulignent que la nature des menaces maritimes a évolué. Alors que la piraterie somalienne constituait autrefois la principale préoccupation, l’ère moderne est marquée par la guerre des drones et les blocus menés par des États. Compte tenu de l’instabilité actuelle et de l’épuisement des réserves énergétiques, les six prochains mois devraient être marqués par une forte volatilité du transport maritime mondial et des prix des matières premières.
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