Principaux renseignements
- Les exportateurs russes placent leurs recettes étrangères sur des comptes offshore.
- La crainte d’une saisie des actifs par l’État est le moteur de cette fuite financière.
- La baisse des ventes de devises étrangères affaiblit considérablement le rouble.
Les exportateurs de matières premières les plus riches de Russie, parmi lesquels figurent aussi bien des entreprises privées dirigées par des oligarques que des entreprises d’État, déposent à nouveau leurs recettes internationales sur des comptes offshore. C’est ce que rapporte The Moscow Times.
Les données de la Banque centrale de Russie révèlent une forte baisse des opérations de change sur le marché intérieur. En juillet, 43 grands exportateurs n’ont vendu que 2,2 milliards de dollars (environ 1,9 milliard d’euros) de devises étrangères, soit le montant le plus bas depuis quatre ans. Cela représente une chute spectaculaire par rapport à la moyenne mensuelle de 12 à 14 milliards de dollars (10,3 à 12 milliards d’euros) enregistrée au premier semestre 2024, et une diminution de près de quatre fois par rapport à juillet de l’année dernière.
Exportations progressent tandis que les ventes de devises s’effondrent
Cette tendance est d’autant plus frappante que les recettes d’exportation russes ont au contraire augmenté de 15 pour cent au cours des six premiers mois de l’année, soit une hausse de 30 milliards de dollars (25,7 milliards d’euros). Alors que le prix du pétrole brut de l’Oural a baissé de 7 pour cent en juillet pour s’établir à 59,02 dollars le baril, le volume des devises vendues par les entreprises s’est effondré de 71 pour cent.
Alexander Potavin, de Finam, suggère que cet écart résulte de la suppression des quotas obligatoires de vente de devises. Ces obligations, qui avaient été progressivement réduites de 80 pour cent à 0 pour cent à partir de fin 2023 afin de stabiliser le rouble, permettent désormais aux entreprises de conserver davantage de capitaux à l’étranger.
Crainte d’une confiscation par l’État
Les experts du secteur estiment que cette thésaurisation financière est motivée par la crainte de saisies par l’État.
Le parquet ayant récemment saisi des ports et des installations industrielles d’une valeur d’environ 51 milliards de dollars (43,8 milliards d’euros), les propriétaires privés sont de plus en plus méfiants quant à la sécurité de leurs actifs nationaux. Ils protègent donc leur patrimoine de l’emprise de l’État afin d’éviter une éventuelle nationalisation.
Manque de transparence
L’absence d’afflux de devises étrangères a fortement affaibli le rouble. Depuis le début de l’été, le yuan chinois, l’euro et le dollar américain se sont tous appréciés de plus de 20 pour cent par rapport au rouble. L’euro a ainsi franchi la barre des 100 roubles, tandis que le dollar se dirige vers les 90 roubles.
Les autorités financières russes ont cessé de publier les données quotidiennes relatives à leur seul compte du Trésor. De ce fait, des informations cruciales concernant les réserves de trésorerie, les transactions financières et les dépôts en roubles auprès des banques commerciales restent inconnues. (lv)
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