Principaux renseignements
- Les jeunes Indiens mènent une lutte désespérée pour obtenir des emplois stables, qui se font rares.
- Les défaillances systémiques en matière de création d’emplois gaspillent le dividende démographique du pays.
- La concurrence acharnée pour les emplois dans la fonction publique est source de tensions sociales.
La recherche d’un emploi stable est devenue un combat désespéré pour la jeunesse indienne, se transformant en une crise socio-économique et politique majeure. C’est ce qu’écrit Wall Street Journal.
Une lutte sans issue pour obtenir un emploi dans la fonction publique
L’intensité de cette concurrence est illustrée par une campagne de recrutement menée en 2023 dans l’État du Jharkhand, où plus d’un demi-million de candidats se sont disputé seulement 583 postes dans le domaine de la réglementation des alcools.
De nombreux candidats ont consacré des années à des études rigoureuses et à un entraînement physique intensif, endurant souvent des trajets épuisants et des conditions dangereuses pour participer aux épreuves de sélection. Bien qu’ils aient réussi les épreuves écrites, beaucoup se retrouvent rejetés, ce qui contribue à un cycle d’échecs qui exerce une pression psychologique immense sur les candidats et leurs familles.
Troubles civils
Ce désespoir généralisé a déclenché d’importants troubles civils. En juillet, des manifestations ont éclaté à New Delhi, menées par le Cockroach Janta Party, dénonçant la corruption systémique et la tricherie lors des examens décisifs pour l’admission à l’université et l’accès à la fonction publique.
Ces manifestations, qui ont finalement conduit à la démission du ministre de l’Éducation à la suite d’un scandale lié aux examens médicaux, mettent en évidence une frustration profondément enracinée vis-à-vis des mécanismes de mobilité sociale ascendante.
Dividende démographique
Les difficultés de l’Inde à offrir des emplois de qualité reflètent son incapacité à exploiter pleinement son « dividende démographique » – l’avantage économique tiré d’une population comportant une forte proportion d’adultes en âge de travailler.
Contrairement à ses voisins d’Asie de l’Est comme la Chine, qui ont tiré parti de leur main-d’œuvre jeune pour alimenter une industrialisation rapide, l’Inde a été freinée par des indicateurs de santé à la traîne, des progrès plus lents en matière d’alphabétisation et un environnement réglementaire complexe qui décourage la croissance des entreprises.
Bien que l’économie ait maintenu un taux de croissance stable compris entre 6 pour cent et 8 pour cent, elle ne parvient pas à créer les huit millions d’emplois non agricoles nécessaires chaque année pour absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail. En conséquence, le chômage des jeunes est environ trois fois supérieur à la moyenne nationale.
Décalage entre l’éducation et les opportunités
Si l’ère moderne offre des opportunités plus diversifiées que celles des générations précédentes – notamment dans l’industrie manufacturière traditionnelle, la construction d’infrastructures et l’économie des petits boulots – , ces emplois sont souvent en contradiction avec les aspirations d’une population mieux éduquée.
Avec des millions de diplômés chaque année, on observe un décalage croissant entre les diplômes universitaires et les compétences exigées par les grandes entreprises. De nombreux diplômés refusent le travail manuel, mais trouvent que les postes du secteur privé manquent de stabilité, d’une rémunération équitable et d’une évolution de carrière claire.
L’offre excédentaire de main-d’œuvre a encore fait baisser les salaires, rendant l’emploi dans le secteur privé peu attractif.
Stabilité dans la fonction publique
L’attrait des postes dans la fonction publique reste inégalé en raison des augmentations salariales garanties et d’une sécurité de l’emploi supérieure, un fait mis en évidence pendant la pandémie alors que les licenciements dans le secteur privé étaient monnaie courante.
Pour beaucoup, un emploi dans la fonction publique est la seule voie fiable pour sortir toute leur famille de la pauvreté. Cependant, la fragilité du processus de recrutement, marquée par des reports et des annulations soudains, plonge les candidats dans un état d’instabilité constante.
Pour ceux qui échouent à plusieurs reprises, les seules options qui restent sont souvent un travail indépendant précaire ou un retour à l’agriculture de subsistance, ce qui souligne le besoin urgent d’une réforme économique structurelle.
(at)
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