Principaux renseignements
- Les pertes importantes obligent la Russie à recruter 1 000 soldats par jour rien que pour maintenir ses lignes actuelles.
- Les primes financières colossales ne parviennent pas à compenser la diminution du nombre de volontaires.
- Des tactiques régionales coercitives ciblent les hommes vulnérables afin d’éviter le risque politique lié à une mobilisation massive.
Alors que le nombre de victimes militaires russes est estimé à 30 000 par mois, le Kremlin peine à maintenir ses effectifs sans lancer une deuxième mobilisation massive. La stratégie actuelle du « broyeur à chair », qui consiste à déployer de petits groupes d’attaque, entraîne un épuisement rapide des troupes. Le gouvernement russe subit une pression énorme pour remplacer les soldats tombés au combat. Moscou recrute actuellement environ 1 000 hommes par jour. Les experts estiment toutefois que ce nombre est à peine suffisant pour maintenir les lignes de front actuelles. Il ne reste donc que peu de marge de manœuvre pour étendre les opérations offensives.
Bénévolat
Afin d’éviter l’instabilité politique qu’entraînerait une mobilisation massive des réservistes, Vladimir Poutine s’est tourné vers un modèle de recrutement volontaire, très coûteux. En proposant d’énormes primes d’engagement et des salaires largement supérieurs aux salaires locaux, notamment dans les provinces défavorisées, la Russie a recruté environ 1,3 million de soldats sous contrat. Cette incitation financière perd toutefois de son efficacité et le nombre de volontaires disposés à s’engager diminue.
Tactiques de recrutement
En conséquence, les tactiques de recrutement sont devenues de plus en plus prédatrices. Des rapports indiquent que les autorités régionales recourent à la coercition, au chantage et à l’intimidation physique pour contraindre des hommes à s’engager. Les personnes vulnérables, notamment celles ayant un casier judiciaire ou des dettes importantes, sont prises pour cibles. Dans certaines régions, des hommes seraient enlevés sur leur lieu de travail ou interpellés dans la rue, puis contraints de signer des contrats dans les bureaux de recrutement.
Le transfert de la charge vers les régions
Les gouverneurs régionaux doivent désormais veiller à atteindre les quotas de personnel. Cela a donné naissance à un secteur du recrutement de type « mercenaire ». Les habitants reçoivent ainsi des « primes de parrainage » pour convaincre d’autres personnes de s’engager. Par ailleurs, l’État a élargi son champ d’action en recrutant des étudiants dans les unités de drones et en élargissant les catégories de personnes autorisées à s’engager.
Un climat de peur
Malgré les démentis officiels de personnalités telles que Dmitri Medvedev, président du Conseil de sécurité russe, une grande inquiétude règne au sein de la société russe quant à la réintroduction du service militaire obligatoire. Les discussions au sein de groupes Telegram privés révèlent un climat de peur, certains laissant entendre qu’une mobilisation pourrait suivre les élections à la Douma en septembre. Certains militants pensent que le gouvernement attise délibérément ces rumeurs afin d’effrayer les hommes au point qu’ils signent volontairement des contrats pour échapper aux conditions plus strictes d’un service militaire obligatoire.
Le pari politique
En fin de compte, une nouvelle mobilisation massive reste un pari politique dangereux pour Poutine. La précédente conscription avait déclenché des troubles internes généralisés et provoqué une vague d’émigration. Alors que la confiance du public dans le déroulement de la guerre atteint son niveau le plus bas depuis début 2022, le Kremlin mise sur un recrutement agressif et sur des pressions régionales. Si ces méthodes ne suffisent pas à répondre aux besoins de l’armée, le gouvernement devra choisir entre une mobilisation sélective et une mobilisation générale. (ev)
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