Bien que de nombreuses organisations aient accueilli avec soulagement les récentes modifications apportées à la réglementation en matière de développement durable, la réalité sur le terrain est tout autre. La demande de données ESG ne cesse de croître, les banques intègrent de manière explicite le développement durable dans leurs évaluations de crédit et les services achats renforcent leurs exigences.
Dans une économie tournée vers l’exportation comme celle de la Belgique, cette évolution est particulièrement visible. Les entreprises reçoivent de plus en plus souvent des demandes de données Scope 3 et de transparence tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Alors que la réglementation tarde à suivre, le marché, quant à lui, continue d’évoluer.
La pression commerciale prend le relais
Pour de nombreuses organisations, la pression passe de la réglementation au marché. Les clients, les institutions financières et les responsables des achats ont besoin de données de durabilité pour pouvoir établir leurs propres rapports et gérer les risques. Cela vaut également pour les entreprises qui ne relèvent pas officiellement du champ d’application de la réglementation.
Les grandes organisations doivent rendre compte de l’ensemble de leur chaîne de valeur et adressent cette demande de données à leurs fournisseurs et partenaires. Quiconque fait partie d’une telle chaîne se voit naturellement confronté à cette demande : non pas de la part des pouvoirs publics, mais de la part du marché.
De bonnes performances sans données ne comptent plus
La pratique montre que de bonnes performances opérationnelles ne suffisent plus à elles seules. Un fabricant disposant de processus efficaces et d’un faible impact environnemental a perdu un contrat parce qu’il n’était pas en mesure de fournir des données officiellement validées sur ses émissions de CO₂ et des informations sur sa conformité sociale. Le client ne pouvait pas rendre compte de son Scope 3 et a choisi un concurrent qui en était capable, malgré un prix plus élevé.
La différence ne résidait pas dans les performances, mais dans la capacité à les prouver. Sans données structurées et vérifiables, les bons résultats restent invisibles dans la prise de décision.
La durabilité, une exigence incontournable dans les achats et le financement
Dans le domaine des achats, la durabilité est désormais devenue une condition préalable. Les entreprises ne disposant pas de données ESG sont de plus en plus souvent éliminées dès la présélection. Le contenu de leur proposition n’est alors souvent même plus pris en compte.
Les informations demandées sont également de plus en plus précises : émissions (Scope 1 et 2), empreintes des produits, conformité sociale, consommation d’énergie et de matières premières, ainsi que documentation prête à l’audit. Dans une économie fortement interconnectée comme celle de la Belgique, une lacune dans les données peut rapidement s’avérer déterminante.
Les banques s’adaptent elles aussi. L’accès à des financements avantageux est de plus en plus souvent lié à la disponibilité de données fiables en matière de développement durable. Les entreprises disposant de rapports structurés bénéficient de meilleures conditions. Les organisations qui ne disposent pas de ces éléments justificatifs se voient appliquer des tarifs standard, tout simplement parce qu’elles offrent moins de visibilité.
Capacité de reporting : réactive ou proactive
Les organisations se trouvent ainsi face à un choix clair : réagir aux demandes au fur et à mesure qu’elles arrivent, ou développer de manière proactive une capacité de reporting.
| Réactif | Proactif | |
|---|---|---|
| Délai de réponse | Mois ; risque de perdre des opportunités | Semaines ; réponse rapide et complète |
| Qualité des données | Estimations et lacunes | Données cohérentes et vérifiables |
| Position concurrentielle | Retard dans les appels d’offres | Position privilégiée auprès des clients |
| Coûts | Coûts ad hoc élevés | Investissement efficace et évolutif |
Les organisations proactives peuvent participer à des appels d’offres et à des processus de financement dont les entreprises réactives sont exclues.
C’est le marché qui dicte le rythme
La réglementation peut évoluer, mais la demande de données reste constante. Les clients doivent établir des rapports, les services d’achats imposent des exigences et les banques subordonnent leurs conditions à la performance.
La question stratégique n’est donc pas de savoir si les organisations doivent investir dans le reporting de durabilité, mais quand. Les entreprises qui s’y mettent dès maintenant élargissent leur accès aux clients, aux financements et à de nouvelles opportunités.
Stijn Scheepers, directeur national Benelux chez osapiens
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