L’Allemagne cherche à identifier les points faibles de l’économie chinoise afin de pouvoir exercer une pression


Principaux renseignements

  • L’Allemagne recense les faiblesses économiques de la Chine afin d’en tirer un avantage stratégique lors des négociations.
  • La dépendance dans le domaine des semi-conducteurs et des produits médicaux confère à l’Allemagne un moyen de pression important.
  • Berlin réoriente son modèle d’exportation vers la sécurité afin de garantir la résilience européenne.

Afin de se préparer à un éventuel conflit économique avec la Chine, les autorités allemandes mènent en toute discrétion une analyse stratégique visant à cerner les faiblesses économiques de Pékin. En examinant les données des entreprises, les chaînes d’approvisionnement et les flux commerciaux, le gouvernement cherche à identifier les domaines spécifiques dans lesquels la Chine dépend de l’expertise industrielle européenne, de composants spécialisés et de technologies de pointe. Cet exercice de cartographie a pour but de fournir à l’Allemagne et à l’UE des leviers d’influence et des points de pression au cas où une guerre commerciale venait à éclater.

Cibler la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs

Cette étude se concentre principalement sur l’industrie des semi-conducteurs, qui est vitale pour l’intelligence artificielle et l’électronique moderne. L’évaluation met en avant des entreprises telles que Carl Zeiss et Trumpf — fournisseurs essentiels des machines de fabrication de puces d’ASML — en tant que maillons critiques de la chaîne d’approvisionnement.

D’autres entreprises spécialisées, notamment SUSS MicroTec, Aixtron et Siltronic, font également l’objet d’un examen minutieux en raison de leur rôle dans la fourniture de technologies indispensables. Au-delà du simple blocage des exportations, l’Allemagne considère la possibilité de suspendre l’assistance technique et la maintenance des équipements existants comme un outil stratégique puissant.

Vulnérabilités médicales et industrielles

D’autres vulnérabilités sont actuellement étudiées dans le secteur médical, où le vieillissement de la population chinoise engendre une dépendance vis-à-vis de produits brevetés de pointe, bien que les responsables reconnaissent les complexités éthiques liées au fait de cibler le secteur de la santé.

De plus, les analystes suggèrent que des perturbations dans les industries à forte intensité de main-d’œuvre — telles que les plastiques, les produits chimiques, le textile et la sidérurgie — pourraient engendrer une instabilité politique interne en Chine en menaçant l’emploi et l’ordre social.

Évolution de la position de l’Europe

Ce changement stratégique reflète le durcissement de la position de dirigeants tels que le chancelier Friedrich Merz, qui soutient que l’Allemagne doit renforcer sa propre résilience pour éviter d’être victime de la lutte géopolitique entre les États-Unis et la Chine. Cette initiative s’inscrit dans un ensemble plus large de 34 mesures de sécurité confidentielles visant à minimiser les risques stratégiques et à empêcher la Chine d’utiliser les matières premières comme une arme.

Parallèlement, la Commission européenne a été chargée de mettre au point de nouveaux mécanismes de défense commerciale pour remédier à l’énorme déficit commercial quotidien avec la Chine.

Dissuasion

Malgré ces préparatifs, Berlin affirme qu’elle continue d’accorder de l’importance au partenariat économique et qu’elle ne poursuit pas d’agenda hostile. L’objectif est plutôt de garantir la réciprocité et d’entamer les négociations en position de force. Les experts décrivent cette approche comme relevant de la « théorie des jeux », selon laquelle le simple fait de disposer de divers instruments économiques sert de moyen de dissuasion, même s’ils ne sont jamais réellement utilisés.

Le défi demeure le suivant : alors que l’UE peut coordonner sa défense, les représailles de la Chine seraient probablement asymétriques, ciblant des États membres spécifiques. Cela nécessite un cadre de compensation collective pour préserver l’unité européenne. De plus, l’Allemagne tente de trouver un équilibre face à cette tension avec la Chine tout en évitant un conflit commercial simultané avec les États-Unis, en particulier face aux menaces de nouveaux droits de douane de la part de l’administration Trump.

Redéfinir le modèle d’exportation allemand

Cette transition vers la « sécurité économique » marque une rupture avec le modèle d’exportation traditionnel de l’Allemagne, purement axé sur le marché. Certains responsables, dont le vice-chancelier Lars Klingbeil, ont même suggéré d’adopter des tactiques précédemment utilisées par Pékin, telles que l’obligation de créer des coentreprises pour protéger les transferts de technologie.

En fin de compte, l’objectif n’est pas d’isoler définitivement la Chine, mais de démontrer que l’Europe dispose des moyens de défendre ses intérêts.(fc)

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