Principaux renseignements
- Les faibles chiffres de production empêchent la Russie de déployer le Su-57 comme une véritable flotte de supériorité aérienne.
- Sa rareté oblige cet avion à servir principalement de plate-forme de missiles à longue portée, utilisée avec prudence.
- Les contrats d’exportation et les variantes de commandement de drones transforment ce chasseur en un outil expérimental polyvalent.
Le Su-57, le principal chasseur furtif russe, a subi une transformation significative depuis ses débuts il y a seize ans. Initialement conçu pour concurrencer directement le F-22 Raptor américain — un avion de supériorité aérienne haute performance destiné aux espaces aériens contestés —, le Su-57 a plutôt évolué pour devenir un atout polyvalent mais de niche.
Plutôt que de dominer les cieux au sein de grandes escadrilles, l’histoire opérationnelle de cet appareil a été marquée par un changement de vocation. En effet, la Russie rencontre des difficultés pour produire ce chasseur en grande quantité.
Métaphore de la défaillance systémique en Russie
Le moment le plus révélateur de l’histoire du Su-57 s’est produit en octobre 2024. Au cours d’une mission audacieuse mais paradoxale, un Su-57 a pénétré dans l’espace aérien ukrainien non pas pour engager le combat avec un ennemi, mais pour détruire un drone furtif S-70 Okhotnik en panne. Ce drone, destiné à être le compagnon robotique du chasseur, avait dérivé derrière les lignes ennemies.
Pour empêcher que des technologies sensibles ne tombent entre les mains de l’Occident, la Russie a utilisé le seul avion capable d’accomplir cette mission pour abattre son propre coéquipier. Cet événement sert de métaphore au programme. Une machine conçue pour le combat aérien d’élite passant sa mission la plus critique à éliminer son propre système de soutien.
À peine 20 à 30 avions ont été produits
Le fossé entre les objectifs conceptuels du Su-57 et sa réalité actuelle est particulièrement flagrant dans les chiffres de production. Alors que le F-22 a été commandé en grandes quantités et que la flotte chinoise de J-20 est estimée à près de 500 appareils, la Russie n’exploite qu’une poignée de Su-57. Les estimations font état de 20 à 30 modèles de série.
Même le moteur définitif de l’appareil, l’AL-51F-1, reste en phase d’essais depuis 2017, ce qui oblige la flotte actuelle à s’appuyer sur des motorisations provisoires. Par conséquent, la Russie ne peut pas déployer ces avions en nombre suffisant pour couvrir l’ensemble d’un théâtre d’opérations.
Rôle limité
Cette pénurie a contraint le Su-57 à endosser de nouveaux rôles, plus prudents. Dans le conflit en Ukraine, l’avion a principalement servi de « lance-missiles », tirant des missiles de croisière à longue portée comme le Kh-69 depuis la sécurité de l’espace aérien russe.
Cette stratégie de combat à distance évite les risques liés à une pénétration en profondeur, même si l’appareil n’a pas été à l’abri du danger. Des drones ukrainiens auraient frappé des Su-57 au sol sur différentes bases aériennes, soulignant la vulnérabilité de ces quelques appareils précieux.
Ambitions d’exportation
Pour s’adapter à ces contraintes, la Russie a diversifié les utilisations de l’appareil. Une nouvelle variante biplace, le Su-57D, a été dévoilée en mai. Elle est dotée d’un cockpit arrière conçu pour permettre au commandant de mission de coordonner des essaims de drones et la guerre électronique plutôt que de s’engager dans des combats aériens rapprochés.
De plus, la Russie a transformé le Su-57 en produit commercial, en livrant un petit lot à l’Algérie. Cela en fait le premier chasseur de cinquième génération, hormis le F-35, à être exporté, l’espoir étant que les ventes à l’étranger, notamment à des pays comme l’Inde, financent la production d’autres appareils.
De la supériorité aérienne au laboratoire volant
Enfin, le Su-57 sert de laboratoire volant, permettant de tester de nouvelles tuyères et de nouveaux moteurs afin d’améliorer la furtivité et les performances des futures générations d’avions. Si certains soutiennent que la gestion d’une petite flotte et son utilisation pour des frappes de précision constituent une stratégie rationnelle, la réalité est que le Su-57 est devenu un outil de commodité et d’expérimentation.
Le redoutable chasseur de supériorité aérienne promis lors des présentations initiales du PAK FA reste un concept théorique. L’avion que la Russie exploite réellement est une plateforme polyvalente et prudente, façonnée par l’échec de la constitution d’une véritable flotte. (fc)
Suivez également Business AM sur Google Actualités
Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

