Quelles seront les répercussions du sommet de l’OTAN à Ankara sur les relations entre Trump et l’Europe ?


Principaux renseignements

  • Donald Trump menace la sécurité collective de l’OTAN par des réductions d’effectifs et des réorientations.
  • Les pays européens peinent à renforcer leur autonomie militaire alors que le soutien américain vacille.
  • Des obstacles juridiques empêchent une sortie totale du traité mais permettent des retraits « en douceur » qui affaiblissent l’alliance.

Les dirigeants européens s’attendent à une instabilité importante alors qu’ils se préparent au prochain sommet de l’OTAN qui se tiendra à Ankara les 7 et 8 juillet. Les tensions se sont accrues car le président Donald Trump estime que le continent n’a pas soutenu ses objectifs stratégiques concernant l’Iran. Il a ouvertement remis en question la logique selon laquelle les États-Unis assureraient la sécurité d’alliés qui ne font pas preuve d’une réciprocité similaire envers les intérêts américains.

Une menace pour la sécurité collective

S’il est juridiquement improbable que Trump puisse mettre fin purement et simplement à l’adhésion des États-Unis à l’alliance — qui a servi de bouclier principal aux démocraties européennes depuis la Guerre froide —, l’intégrité du bloc est menacée. La force de l’OTAN repose essentiellement sur la promesse d’une intervention de l’armée américaine en cas d’attaque contre l’un de ses membres.

On craint fortement que Trump ne réduise la présence militaire américaine en Europe plus rapidement que les pays de la région ne parviennent à moderniser leurs propres forces armées, déjà affaiblies, ce qui risquerait de les exposer à de nouvelles agressions de la part de Vladimir Poutine après l’invasion de l’Ukraine.

L’article 5

Fondée en 1949 pour contrer les menaces soviétiques, l’OTAN a évolué vers un partenariat ancré dans des valeurs économiques et politiques communes, passant de 12 à 32 membres. Sa pierre angulaire est l’article 5, qui considère une attaque contre un membre comme une attaque contre tous. Ce mécanisme de défense collective est conçu pour dissuader les agresseurs en augmentant le coût d’un conflit.

Cependant, le déclenchement de cette réponse nécessite un accord unanime entre les membres et une décision collective sur la manière de réagir, car l’article suggère une assistance — y compris le recours à la force — mais ne l’impose pas strictement. Historiquement, cette clause n’a été invoquée qu’une seule fois, à la suite des attentats du 11 septembre 2001.

Différends budgétaires

Trump a fréquemment accusé les pays européens de « profiter du système », en s’appuyant sur l’armée américaine tout en consacrant trop peu de moyens à leur propre défense. Sa frustration a atteint son paroxysme lorsque les alliés ont refusé aux États-Unis l’utilisation de leurs bases pour des opérations contre l’Iran, ce qui l’a conduit à affirmer que la relation était unilatérale.

En conséquence, l’administration américaine réoriente sa stratégie vers l’Asie. Washington a entamé une réévaluation de sa présence militaire en Europe, réduit le nombre de soldats affectés à d’éventuels conflits futurs dans la région et proposé un système à plusieurs niveaux dans lequel seuls ceux qui atteignent les objectifs de dépenses bénéficient d’une protection totale.

L’Ukraine

En ce qui concerne l’Ukraine, Trump a présenté le conflit comme relevant de la responsabilité européenne. Il a suspendu l’aide directe des États-Unis, bien qu’il continue de fournir du matériel financé par les alliés européens, et a de fait bloqué les ambitions de Kiev de rejoindre l’alliance.

Bien qu’il ait réaffirmé l’engagement des États-Unis en faveur de la défense mutuelle en juin 2025 après que les alliés se sont engagés à augmenter leurs dépenses, sa rhétorique a érodé la crédibilité de l’alliance. Cette instabilité perçue enhardit la Russie, qui a renforcé ses capacités militaires et pourrait bientôt tester les défenses des pays baltes tels que l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie.

La lutte de l’Europe pour son autonomie

L’Europe doit surmonter un obstacle de taille pour combler son déficit de sécurité. Il faut des années pour que l’augmentation des budgets de défense se traduise par une réelle capacité opérationnelle, et l’Europe ne dispose pas actuellement des capacités supérieures de reconnaissance et de coordination dont disposent les États-Unis. De plus, une partie de ces nouveaux fonds est détournée pour combler le vide laissé par l’arrêt de l’aide américaine à l’Ukraine.

Les efforts diplomatiques récents, notamment une rencontre entre le secrétaire général Mark Rutte et Donald Trump, ont été jugés positifs, mais l’objectif principal des Européens lors du sommet d’Ankara est de maintenir une apparence d’unité et d’éviter tout conflit public.

Trump peut-il retirer les États-Unis de l’OTAN ?

Sur le plan juridique, le pouvoir du président de se retirer du traité est limité. Une loi de 2023 exige une majorité des deux tiers au Sénat ou une nouvelle loi du Congrès pour mettre fin à l’accord avec l’OTAN, un scénario peu probable compte tenu du soutien bipartisan dont bénéficie l’alliance.

Néanmoins, Trump peut toujours affaiblir l’organisation par des « sorties en douceur » : rappeler des diplomates, annuler des exercices conjoints, mettre fin au partage de renseignements ou refuser de payer les cotisations. Il a déjà surpris ses alliés en retirant 5 000 soldats d’Allemagne.

Des mesures plus extrêmes pourraient consister à ignorer les obligations découlant de l’article 5 ou à lever le parapluie nucléaire américain. Alors que la loi de 2026 sur l’autorisation de la défense nationale tente de limiter les réductions d’effectifs à moins de 76 000 soldats et protège le rôle du commandant suprême des forces alliées, Trump a montré une tendance à contourner l’intention du Congrès en réaffectant des fonds ou en redéployant du personnel sous des appellations différentes. (fc)

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