La Russie envoie l’« Admiral Nakhimov », le croiseur le plus puissant au monde, dans l’Arctique


Principaux renseignements

  • La Russie déploie le croiseur à propulsion nucléaire « Admiral Nakhimov » pour protéger ses sous-marins stratégiques dans l’Arctique.
  • Ce croiseur gigantesque dispose de l’arsenal le plus puissant au monde pour un navire de surface grâce à ses cellules de missiles modernisées.
  • Son coût exorbitant et son statut unique constituent un point de défaillance unique et risqué pour la flotte.

La Russie s’apprête à déployer dans l’Arctique l’Amiral Nakhimov, le seul navire de combat de surface à propulsion nucléaire existant qui ne soit pas un porte-avions. À l’issue d’un processus de modernisation qui s’est étendu sur plus de deux décennies et a coûté des milliards d’euros, le navire achève actuellement ses essais en mer. Son objectif principal sera de protéger le « bastion » où sont stationnés les sous-marins stratégiques russes équipés de missiles balistiques.

Relique de l’ingénierie soviétique

Le Nakhimov est un vestige de la classe Orlan (projet soviétique 1144), mieux connue en Occident sous le nom de classe Kirov. Avec ses 28 000 tonnes et ses 251 mètres de long, il est nettement plus grand que n’importe quel destroyer occidental contemporain.

Alors que des pays comme la France et les États-Unis réservent la propulsion nucléaire à leurs porte-avions, la Russie a développé ce croiseur à propulsion nucléaire pour lui garantir une autonomie exceptionnelle. À mesure que les autres navires de sa classe sont retirés du service ou démantelés, le Nakhimov est en passe de devenir le seul navire opérationnel de ce type.

Des décennies de retard

L’histoire de ce navire est marquée par de longues périodes d’inactivité. Mis en service en 1988 puis rebaptisé en 1992, il a été mis à l’écart par l’effondrement de l’Union soviétique et les crises économiques qui ont suivi.

Après être resté amarré au chantier naval de Sevmash depuis 1999, ses réacteurs ont finalement été remis en service entre fin 2024 et début 2025. Après plusieurs séries d’essais en mer Blanche, le navire a entamé sa phase finale de tests en mai 2026, bien que sa livraison officielle à la flotte ne soit pas prévue avant 2026 au plus tôt.

Avantage opérationnel dans le Grand Nord

L’énergie nucléaire présente des avantages particuliers dans le Grand Nord, où les conditions environnementales sont extrêmes et les infrastructures de ravitaillement en carburant rares. Les navires conventionnels sont tributaires des ravitailleurs et des bases, mais le Nakhimov peut maintenir indéfiniment une vitesse de 25 nœuds en s’alimentant uniquement à l’énergie nucléaire.

Associé à ses turbines à vapeur, il peut atteindre 32 nœuds. Conçu avec des adaptations spécifiques pour les climats glaciaux, ce navire est particulièrement bien adapté aux patrouilles de longue durée dans les mers de Barents et de Kara.

Protéger la triade nucléaire

Le rôle stratégique du navire consiste à protéger le volet maritime de la triade nucléaire russe. En protégeant les sous-marins de la Flotte du Nord contre la détection et les ingérences occidentales, le Nakhimov fait office de centre défensif mobile. Cette mission reflète l’intention initiale de conception de la classe Kirov en 1968, qui était axée sur la lutte anti-sous-marine avant de s’orienter vers la chasse aux porte-avions pendant la Guerre froide.

Sur le plan technologique, le navire a fait l’objet d’une refonte complète. Les anciens lanceurs P-700 Granit ont été remplacés par 80 cellules de lancement verticales capables de tirer des missiles de croisière Kalibr, des missiles antinavires Oniks et, potentiellement, le missile hypersonique Zircon. Avec un total estimé de 174 à 176 cellules de lancement, il dispose d’une puissance de feu supérieure à celle de tout autre navire de surface au monde. Bien que les détails concernant ses systèmes de défense aérienne S-300 ou S-400 fassent encore l’objet de débats, l’objectif est de créer un nœud de reconnaissance et de frappe qui réduise au minimum le délai d’alerte de l’OTAN.

Risque

Cependant, ce projet met en évidence une inefficacité considérable et un risque stratégique important. La remise en état, initialement budgétisée à 50 milliards de roubles (565 millions d’euros) pour une remise en service en 2018, a vu ses coûts monter en flèche — pouvant atteindre 4,5 milliards d’euros —, tandis que la date de livraison a été repoussée de plusieurs années. De plus, le Nakhimov étant un actif unique dont aucun navire jumeau n’est plus en service, il représente un « point de défaillance unique ».

La perte d’un navire aussi disproportionnellement coûteux et puissant face à des drones ou des missiles modernes constituerait un coup stratégique dévastateur, bien plus grave que la perte d’un destroyer standard. (fc)

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