Principaux renseignements
- Le « plafond souverain » gonfle de manière injuste les coûts d’emprunt pour les projets africains viables dans le domaine de l’énergie verte.
- Les notations de risque subjectives coûtent aux pays africains environ 64,2 milliards d’euros par an.
- La réforme financière mondiale doit dissocier la solvabilité des projets des notations souveraines nationales.
Malgré des engagements massifs en faveur de la transition de l’Afrique vers l’énergie verte, de nombreuses initiatives en matière d’énergie durable sont au point mort, rapporte AP. Les experts désignent comme cause principale un mécanisme financier restrictif appelé « plafond souverain », qui fait grimper les coûts d’emprunt et empêche le lancement de projets viables.
La règle lie directement la solvabilité d’un projet à la notation souveraine de son pays d’accueil, ce qui fait apparaître des projets commercialement solides comme bien plus risqués aux yeux des investisseurs internationaux qu’ils ne le sont en réalité.
Impact des notations souveraines
L’impact de cette politique est considérable, car parmi les 54 pays africains, seuls Maurice et le Botswana bénéficient d’une notation « investment grade ». Par conséquent, les difficultés à obtenir des financements entravent la capacité du continent à atteindre les objectifs de l’Accord de Paris et à fournir de l’électricité aux près de 600 millions de personnes qui en sont actuellement privées.
Cette surestimation systématique du risque a des conséquences concrètes sur des initiatives majeures, telles que le programme de projets solaires indépendants (IPP) au Nigeria, le programme « Solar Scaling » en Zambie et le projet géothermique de Menengai au Kenya. Ces trois projets ont rencontré des difficultés de financement en raison des inquiétudes des investisseurs concernant les garanties souveraines.
Le coût financier est immense. Le Programme des Nations unies pour le développement estime que les pratiques de notation subjectives coûtent aux pays africains environ 74,5 milliards de dollars chaque année. De plus, les projets d’énergie propre en Afrique sont souvent confrontés à des coûts d’investissement deux à quatre fois plus élevés que ceux de projets comparables en Amérique du Nord ou en Europe.
Le rôle des agences de notation mondiales
L’influence des grandes agences occidentales telles que Fitch, S&P et Moody’s restreint encore davantage l’accès aux marchés obligataires. Maria Nkhonjera, de l’Institut de l’environnement de Stockholm, affirme que le plafond souverain est une règle obsolète qui pénalise injustement les projets couronnés de succès. Elle souligne une contradiction : les coûts d’emprunt restent gonflés malgré un historique de faibles taux de défaut de paiement pour les projets africains d’énergie verte. De plus, la fragmentation des financements et la lourdeur des procédures d’approbation bureaucratiques compliquent encore davantage le développement.
Réforme financière
Pour surmonter ces obstacles, les spécialistes suggèrent de réformer les cadres internationaux de la dette, de développer les prêts en monnaie locale et d’accroître l’accès à des financements à faible coût.
Les organisations multilatérales, notamment la Banque de commerce et de développement et Afreximbank, pourraient atténuer le risque souverain en fournissant des rehaussements de crédit et des garanties. Remédier à ces erreurs systémiques de tarification n’est pas simplement un ajustement technique, mais une nécessité cruciale pour l’évolution économique du continent.
(at)(fc)
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