Exact : « Les PME belges utilisent massivement l’IA, mais son usage stratégique reste à la traîne »

L’adoption de l’intelligence artificielle (IA) par les PME belges connaît une forte accélération. Selon l’enquête « Baromètre des PME » menée par l’éditeur de logiciels Exact, 81 pour cent des PME utilisent déjà l’IA aujourd’hui, contre à peine 8 pour cent en 2024. L’IA s’intègre ainsi rapidement dans le quotidien des entreprises.

Pour l’instant, son utilisation reste toutefois souvent limitée à des applications simples telles que la rédaction de textes, les traductions ou la génération de contenu. Plus de la moitié des PME indiquent en outre ne pas savoir exactement comment l’IA peut être mise en œuvre concrètement au sein de leur organisation, ce qui retarde encore le passage à une utilisation véritablement stratégique.

Business AM s’est entretenu à ce sujet avec Wilco Kraaij, expert en IA chez Exact, qui explique les difficultés auxquelles les PME sont encore confrontées dans la transition de l’expérimentation vers une intégration structurelle.

Les PME belges adoptent massivement l’IA, mais son utilisation stratégique reste à la traîne

Les PME belges se familiarisent rapidement avec l’intelligence artificielle, mais le passage à une utilisation structurelle et stratégique reste pour l’instant limité. C’est ce qui ressort de l’enquête « Baromètre des PME » menée par le développeur de logiciels Exact. Business AM s’est entretenu à ce sujet avec l’expert en IA Wilco Kraaij, qui constate que les entreprises expérimentent bien l’IA, mais peinent encore à la transposer dans leurs processus opérationnels quotidiens.

L’IA est omniprésente, mais surtout superficielle

Selon l’étude, 51 pour cent des PME indiquent ne pas savoir exactement comment mettre concrètement l’IA en œuvre au sein de leur organisation. Selon Exact, cela ne signifie pas que les entreprises restent inactives, mais plutôt que l’utilisation de l’IA se limite souvent à des applications simples telles que la rédaction d’e-mails, de textes ou de traductions.

« Le défi réside dans la transition entre l’expérimentation et des applications concrètes dans les processus d’entreprise », explique Kraaij. « Et dans l’adaptation de ces processus afin que les collaborateurs puissent utiliser efficacement les outils d’IA pour les tâches répétitives. »

Les principaux obstacles

Dans la pratique, les PME se heurtent selon lui à plusieurs obstacles. Un premier défi majeur concerne les données. Sans données d’entreprise bien organisées et de qualité, l’impact de l’IA reste limité.

Par ailleurs, l’intégration dans les processus existants s’avère difficile. Il existe désormais d’innombrables applications d’IA, mais les transposer dans le fonctionnement quotidien est une autre histoire.

Déterminer les bons cas d’utilisation s’avère également difficile. « Il n’est souvent pas facile de répondre à la question de savoir exactement à quoi sert l’IA », explique-t-il.

Enfin, le facteur humain entre également en jeu. Les employés ont souvent développé leur propre méthode de travail, ce qui entraîne des résistances à la standardisation et la modification des processus, ce qui nécessite alors un leadership proactif.

Un fossé important entre l’utilisation et le déploiement stratégique

Bien que l’IA soit largement utilisée, son application stratégique reste limitée. Seules 36 pour cent des PME utilisent aujourd’hui l’IA pour analyser leurs données d’entreprise ou leurs performances.

Selon Kraaij, le fossé est évident : « Le taux d’adoption est élevé, mais la maturité reste limitée. L’IA est principalement utilisée pour des tâches simples. »

La confiance, principal obstacle

À la question de savoir ce qui empêche le plus les entreprises d’utiliser l’IA à plus grande échelle, Kraaij met surtout l’accent sur la confiance.

« C’est un point très important. En tant que développeur, il faut ouvrir la boîte noire de l’IA. La confiance dans le logiciel détermine en fin de compte jusqu’où l’on peut aller en matière d’automatisation. »

C’est pourquoi Exact mise fortement sur la transparence. Les utilisateurs gardent toujours le contrôle et décident eux-mêmes si les propositions de l’IA doivent être mises en œuvre ou non.

Inquiétudes concernant les erreurs et les hallucinations

Ce besoin de contrôle est également lié aux inquiétudes concernant les erreurs ou ce qu’on appelle les « hallucinations » de l’IA. Dans le domaine financier en particulier, la barre est placée très haut.

« Une erreur dans un texte est gênante, mais une erreur dans la comptabilité peut avoir de graves conséquences », explique Kraaij. « C’est pourquoi l’IA doit être extrêmement fiable dans ce contexte. »

Exact tente de résoudre ce problème en montrant clairement ce que fait l’IA et pourquoi. L’utilisateur voit ainsi comment une proposition est élaborée et décide finalement lui-même si elle doit être mise en œuvre.

Outre la technologie, l’accompagnement joue également un rôle. Exact investit donc dans des formations, des événements et des notifications afin de mieux familiariser les entreprises avec les possibilités de l’IA, explique Kraaij.

L’IA doit être fiable, innovante et centrée sur l’humain

Pour développer l’IA, Exact applique trois principes : innovation, fiabilité et orientation humaine.

L’entreprise expérimente l’IA depuis 2017, bien avant la percée de l’IA générative. Parallèlement, l’accent est mis sur la fiabilité, d’autant plus qu’il s’agit de données financières dont l’exactitude est cruciale.

Enfin, l’IA doit toujours soutenir l’utilisateur, et non le remplacer. Les entreprises peuvent donc déterminer elles-mêmes quelles fonctions elles activent ou automatisent. L’employé conserve ainsi le contrôle.

L’IA est de plus en plus intégrée dans les logiciels d’entreprise

Selon Exact, c’est dans les « agents IA » développés par l’entreprise que l’IA a aujourd’hui le plus grand impact : il s’agit de modules spécialisés qui automatisent certaines tâches au sein des logiciels existants.

Ainsi, le Purchase Agent traite automatiquement les factures d’achat et les comptabilise correctement, tandis que le Debtor Agent analyse le comportement de paiement des clients et adapte la communication en fonction des profils de risque.

Selon Exact, plus de 100 000 entreprises utilisent déjà ce type d’applications, ce qui met immédiatement en évidence un problème concret : 82 pour cent des PME subissent une perte de chiffre d’affaires due à des factures payées en retard ou impayées.

De l’expérimentation à l’intégration structurelle

Bien qu’il existe déjà des entreprises où l’IA est profondément intégrée dans les processus, il s’agit pour l’instant principalement de pionniers. La plupart des PME en sont encore à une phase expérimentale.

Selon Kraaij, l’évolution se déroule généralement en trois étapes : expérimentation, application dans un seul processus, puis passage à une intégration à grande échelle.

Manque de connaissances et de temps

L’un des principaux obstacles réside dans le manque de connaissances et de profils spécialisés. Les spécialistes de l’IA et les experts en données sont rares, surtout dans les petites entreprises.

De plus, les entrepreneurs manquent souvent de temps pour se plonger dans l’IA, ce qui ralentit le développement.

Selon Exact, de nombreuses PME se trouvent donc dans une phase de transition : elles utilisent déjà l’IA, mais doivent encore acquérir les connaissances et les compétences nécessaires pour l’exploiter de manière stratégique.

Les différences entre les petites et les grandes PME sont limitées

Il est frappant de constater que la différence entre les petites et les moyennes PME reste limitée. Les deux groupes disposent souvent d’un budget pour l’automatisation, mais les grandes PME sont davantage préoccupées par la sécurité informatique et les directives en matière de confidentialité.

Les petites entreprises accusent un léger retard dans l’adoption de l’IA, mais selon Exact, cet écart devrait rapidement se réduire grâce aux logiciels cloud dotés de fonctionnalités d’IA intégrées.

Le message principal est de tirer d’abord le meilleur parti des systèmes existants avant d’ajouter de nouveaux outils.

Où se situe la véritable valeur de l’IA ?

Selon Kraaij, le véritable intérêt de l’IA réside dans une combinaison d’efficacité, de réduction des coûts et d’amélioration de la prise de décision.

« Il ne s’agit pas seulement de travailler plus vite, mais aussi d’améliorer la qualité et de réduire les erreurs », explique-t-il. « L’IA prend en charge les tâches répétitives, ce qui permet aux employés de se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée. »

Cela a également des répercussions sur la compétitivité des entreprises. Selon lui, celles qui ne s’automatisent pas risquent de devenir plus lentes et plus coûteuses que leurs concurrentes qui le font.

L’IA intégrée

Exact prévoit que l’adoption la plus rapide concernera ce qu’on appelle « l’IA intégrée » : des applications intégrées de manière invisible dans les logiciels.

On peut citer le traitement automatique des factures, les contrôles intelligents et les assistants IA qui répondent directement aux questions au sein des systèmes.

« La plus forte accélération se trouve dans les applications entièrement intégrées au logiciel sans que l’utilisateur ait à s’en occuper activement, ce qui se traduit par un gain de temps immédiat », explique Kraaij.

Pas de suppression d’emplois, mais une réorganisation du travail

Enfin, Exact souligne que l’IA est avant tout considérée comme un moyen de réduire la charge de travail, et non de remplacer des emplois.

En automatisant les tâches répétitives, les collaborateurs peuvent se concentrer sur l’analyse, le contact avec la clientèle et d’autres tâches à plus forte valeur ajoutée. Le travail humain en devient ainsi plus important, et non moins pertinent, conclut Kraaij.

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