La Russie continue de vendre de l’or pour combler son déficit budgétaire


Principaux renseignements

  • La Russie épuise ses réserves d’or à un rythme jamais vu depuis 2002.
  • Les dépenses militaires massives et les déficits budgétaires sont à l’origine de ces ventes agressives d’actifs.
  • La banque centrale échange de l’or physique contre des yuans afin de stabiliser le rouble.

La Russie connaît une baisse significative de ses stocks d’or, marquant le quatrième mois consécutif de réduction en avril 2026. Les données de la Banque centrale de Russie indiquent que les réserves ont chuté de 200 000 onces pour le seul mois d’avril, contribuant à une perte annuelle totale de 900 000 onces. Au 1er mai, les réserves d’or du pays s’élevaient à 73,9 millions d’onces. Cette perte cumulée de 27,9 tonnes représente la baisse la plus forte sur quatre mois depuis 2002, ramenant les réserves à leur plus bas niveau depuis début 2022.

Financer les dépenses militaires

Ce revirement financier est principalement dû à un grave déficit budgétaire fédéral, qui a atteint 4 600 milliards de roubles (56 milliards d’euros) fin mars. Ce déficit résulte de coûts militaires exorbitants, associés à une baisse initiale des recettes provenant des exportations de pétrole et de gaz. Historiquement, la Russie a passé deux décennies à privilégier l’accumulation d’or, les baisses mensuelles dépassant rarement 3,1 tonnes. La liquidation actuelle dépasse de loin les anomalies précédentes, telles que la baisse de 7,7 tonnes enregistrée en 2005, dépassant ce chiffre de plus de trois fois.

Selon Natalia Milchakova, de Freedom Finance Global, la Banque centrale vend ces actifs pour refléter les mouvements au sein du Fonds de richesse nationale. Ces interventions ont deux objectifs essentiels : atténuer le déficit budgétaire — qui aurait autrement pu dépasser les 5 000 milliards de roubles (60 milliards d’euros) — et remédier à une pénurie nationale de devises étrangères. En échangeant de l’or contre des yuans chinois, l’État tente de reconstituer ses réserves de devises utilisables après les mauvais résultats à l’exportation enregistrés en début d’année.

Une tendance à la liquidation des actifs physiques

Alors que le gouvernement russe utilise le Fonds national de richesse pour stabiliser le budget depuis 2022, les transactions sur l’or précédentes n’étaient que des écritures comptables internes qui permettaient de conserver le métal physique dans le pays. Cependant, à partir de 2026, la Banque centrale est passée à des ventes réelles d’or physique sur le marché. Les économistes Alexander Kolyandr et Alexandra Prokopenko affirment que cette stratégie vise à protéger l’offre décroissante de yuans, qui est désormais la seule devise étrangère accessible pour gérer le taux de change du rouble.

Le volume exact des yuans restants est inconnu, car la Banque centrale a masqué ses données sur les réserves à la suite du gel de 260 milliards d’euros d’actifs par des sanctions internationales. Avec un déficit budgétaire prévu pour 2026 qui devrait être près de deux fois supérieur à celui de l’année précédente et des dépenses militaires dépassant désormais celles de la protection sociale, le Kremlin épuise son « trésor de guerre » à un rythme sans précédent. Alors que Vladimir Poutine poursuit ses opérations militaires en Ukraine, la Banque centrale n’a guère d’autres alternatives que de vendre ses réserves d’or et de yuans. (fc)

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