Principaux renseignements
- L’Égypte tire parti de son rôle de bouclier migratoire pour exiger davantage d’aide financière de l’UE.
- Le financement européen est insuffisant pour couvrir les coûts d’infrastructure colossaux auxquels Le Caire est confronté.
- Les défenseurs des droits de l’homme condamnent ce partenariat qui privilégie la sécurité aux frontières au détriment de la protection des réfugiés.
L’Égypte et l’Union européenne sont actuellement engagées dans des négociations complexes concernant la charge financière liée à l’accueil de millions de personnes déplacées. C’est ce qu’écrit Euronews. Alors que l’UE considère l’Égypte comme un rempart essentiel contre la migration irrégulière traversant la Méditerranée, Le Caire soutient que l’aide internationale qu’il reçoit est insuffisante pour gérer la crise qui s’aggrave. Les experts suggèrent que le pouvoir de négociation de l’Égypte s’est accru, les gouvernements européens étant confrontés à une pression interne croissante pour endiguer la migration illégale.
Un partenariat stratégique mais controversé
L’ampleur du défi s’est intensifiée en raison du conflit au Soudan, qui a ajouté une nouvelle vague massive de personnes déplacées à une population déjà composée de Syriens, de Palestiniens et d’autres migrants de la région. En 2024, les deux parties ont établi un partenariat stratégique et global. Dans le cadre de cet accord, Bruxelles s’est engagée à verser une enveloppe de 7,4 milliards d’euros pour la période 2024-2027. Celle-ci comprend des subventions et des prêts, bien que seuls 200 millions d’euros soient spécifiquement alloués à la gestion des migrations.
Cet accord a suscité une vive controverse de la part des organisations de défense des droits de l’homme et de certains membres du Parlement européen. Les détracteurs affirment que l’UE privilégie la sécurité des frontières au détriment des droits de l’homme, risquant ainsi de récompenser un régime autoritaire et de permettre une répression accrue des dissidents et des migrants. En réponse, la Commission européenne a soutenu que ce partenariat constituait un outil de responsabilité partagée et un moyen de promouvoir les valeurs démocratiques.
Pression sur les infrastructures
Il existe un écart flagrant entre les chiffres officiels égyptiens et ceux du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Alors que l’ONU reconnaît environ 1,1 million de réfugiés enregistrés, les autorités égyptiennes affirment accueillir plus de 10 millions de personnes. Cette définition plus large inclut les résidents sans papiers et les migrants. Le Caire fait valoir que l’intégration de ces populations dans les centres urbains plutôt que dans des camps isolés exerce une pression considérable sur les infrastructures publiques, ce qui coûte à l’État plus de 8,5 milliards d’euros par an.
La situation est exacerbée par les troubles économiques que connaît l’Égypte. Une inflation galopante, la dévaluation de la monnaie et la hausse des coûts du logement ont rendu la survie difficile tant pour les locaux que pour les réfugiés. Dans des villes comme Le Caire, les loyers ont grimpé bien au-delà de ce que permet le salaire minimum, laissant de nombreuses familles déplacées dans l’incapacité de se payer un logement de base. Parallèlement, le financement du HCR a chuté, l’aide par personne passant d’environ 11 dollars en 2022 à moins de 4 dollars d’ici 2025.
Arrestations arbitraires et expulsions
Au-delà de l’aide financière, les dirigeants égyptiens réclament un soutien structurel à long terme et la création de voies de migration légales pour répondre aux besoins en main-d’œuvre en Europe. Parallèlement, les experts des droits de l’homme des Nations unies ont exprimé leur inquiétude face aux informations faisant état d’arrestations arbitraires et d’expulsions visant des ressortissants soudanais et syriens. Ils ont notamment remis en cause une loi sur l’asile de 2024 qui accorde à l’État un large pouvoir de révoquer le statut de réfugié au nom de la « sécurité nationale » ou des « valeurs traditionnelles ».
En fin de compte, la migration est devenue un pilier central d’un arrangement géopolitique plus large impliquant le commerce, la sécurité et la stabilité politique. Alors que le déficit de financement se creuse et que les besoins humanitaires augmentent, la tension entre les demandes de solidarité du Caire et l’accent mis par Bruxelles sur le contrôle des migrations reste sans solution. (fc)
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