Principaux renseignements
- La Wallonie connaît une augmentation nettement plus forte des taux d’invalidité de longue durée que la Flandre.
- Les médecins-conseils jouent un rôle essentiel dans l’évaluation de la capacité de travail, mais leurs évaluations peuvent manquer de précision, ce qui peut entraîner, dans certains cas, une inéligibilité aux prestations.
- Un cycle persistant de taux d’invalidité élevés existe dans certaines communes, ce qui suggère des difficultés persistantes en matière de retour au travail après un congé de maladie prolongé.
La Belgique est confrontée à une disparité croissante en matière de maladie de longue durée, la Wallonie enregistrant des taux nettement plus élevés que la Flandre. L’analyse par l’Echo des données de l’Agence intermutualiste (IMA) révèle que la proportion de personnes âgées de 20 à 64 ans percevant des prestations d’invalidité a fortement augmenté dans toute la Belgique depuis 2005. Cette augmentation est toutefois nettement plus marquée en Belgique francophone, où le taux a presque doublé, passant d’un peu plus de 4 pour cent à près de 10 pour cent. En revanche, la Flandre a connu une hausse plus modérée, passant de 3,5 pour cent à 7,3 pour cent.
Disparités régionales
Pedro Facon, directeur général de l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (INAMI), a mis en évidence ces disparités régionales lors d’une audition parlementaire. Il a souligné que les différences dans les taux d’invalidité vont au-delà des différentes caisses d’assurance maladie et sont manifestes même au sein d’une même mutuelle, en fonction de la localisation du patient. Facon a suggéré que cette variation pourrait être influencée par les médecins traitants tenant compte des réalités socio-économiques de leurs patients, bien qu’il se soit abstenu de fournir plus de détails.
Les médecins-conseils jouent un rôle crucial dans l’évaluation de la capacité de travail des personnes bénéficiant de prestations de maladie ou d’invalidité. Cependant, plusieurs études ont mis en doute la précision de leurs évaluations. Des enquêtes récentes de l’INAMI ont révélé qu’environ 25 pour cent des personnes ayant bénéficié d’un arrêt de travail de longue durée l’année dernière n’étaient potentiellement pas éligibles ou ont perçu des prestations pendant une période prolongée. Ces conclusions soulignent la nécessité d’un contrôle accru et d’améliorations potentielles du processus d’évaluation.
Écart croissant
L’écart croissant entre les taux d’invalidité du nord et du sud de la Belgique est particulièrement frappant. Des provinces comme le Hainaut (11,9 pour cent) et Liège (9,5 pour cent) affichent des proportions de maladies de longue durée nettement plus élevées que les autres régions, selon les données de l’IMA. Les statistiques de l’INAMI corroborent cette tendance, ces provinces se démarquant parallèlement à une augmentation substantielle des chiffres absolus au sein de la Région de Bruxelles-Capitale.
Les experts suggèrent que divers facteurs contribuent à ces disparités régionales, notamment la répartition démographique par âge, la demande régionale de main-d’œuvre et les influences culturelles ou syndicales. Des recherches menées à la fois par l’INAMI et l’IMA ont mis en évidence un lien entre l’invalidité et l’augmentation des remboursements pour les personnes socialement vulnérables. Cette politique facilite l’accès aux soins de santé, mais peut également accroître le risque d’incapacité de travail prolongée et d’invalidité dans les régions où la proportion de bénéficiaires éligibles est plus élevée.
Cycle persistant
Une analyse plus approfondie réalisée par De Tijd a révélé que les communes qui affichaient des taux d’invalidité élevés en 2014 ont continué à enregistrer une augmentation plus marquée des maladies de longue durée au cours de la décennie suivante. Cela indique un cycle persistant dans lequel les personnes vivant dans ces zones sont plus susceptibles de se retrouver en arrêt maladie prolongé et rencontrent davantage de difficultés à reprendre le travail.
Les données du Centre de soutien à l’emploi de la KU Leuven suggèrent que les cas d’invalidité en Wallonie concernent souvent des personnes sans emploi ou inactives plutôt que des professionnels en activité souffrant d’une maladie de longue durée. En outre, le taux de transition du chômage vers l’inactivité a toujours été plus élevé en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre. (fc)
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