Principaux renseignements
- Les projets d’infrastructure de la Russie en Ukraine occupée visent à intégrer ces régions à la Russie par le biais de changements démographiques et de l’exploitation des ressources.
- Malgré ses prétentions d’aide humanitaire, Moscou privilégie le financement de la logistique, de l’extraction des ressources et de l’afflux de population au détriment de la reconstruction civile et des services essentiels.
- Par la coercition, l’exploitation et le contrôle de l’information, la Russie cherche à modifier de manière permanente la démographie et le paysage économique des territoires ukrainiens occupés.
Moscou a récemment annoncé des plans ambitieux pour reconstruire les infrastructures dans les territoires ukrainiens occupés. Ces plans comprennent 25 projets de développement visant à augmenter la population de 114 000 résidents russes, à construire d’importants biens immobiliers, à développer de nouvelles infrastructures ferroviaires et de santé, et à créer 225 000 emplois pour les Russes.
Extraction des ressources plutôt que reconstruction civile
Bien que présentées comme une initiative humanitaire, ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à modifier la composition ethnique des régions occupées. Moscou recrute activement des médecins, des enseignants, des fonctionnaires et des familles de militaires en leur offrant des avantages tels que des salaires plus élevés, des logements et l’accès à des services. Selon certaines informations, plus de 60 000 résidents russes vivraient déjà à Marioupol, l’objectif étant d’atteindre le million d’ici 2045.
Cela coïncide avec des efforts visant à transférer la propriété foncière et les droits miniers à des Russes et à des entités russes. Un financement important, trois fois supérieur au financement combiné de 20 régions russes, est alloué au développement entre 2024 et 2026. Cependant, ce financement semble orienté vers l’intégration, la logistique et l’extraction des ressources plutôt que vers la reconstruction civile.
Faciliter les exportations
Les investissements dans les chemins de fer et les routes viennent renforcer ce modèle extractif. Le président russe l’a présenté comme un programme socio-économique visant à redynamiser les terres historiques russes. En réalité, ces investissements facilitent l’exportation d’énergie, de minerais, de blé et d’autres produits vers la Russie et au-delà via des ports comme Marioupol et Berdiansk.
Des exportations illégales de blé ukrainien ont déjà lieu, avec plus de deux millions de tonnes expédiées à l’étranger en 2025 via une flotte clandestine. La Russie poursuit également de manière agressive l’exploitation des ressources du sous-sol dans les oblasts de Donetsk et de Louhansk, considérant les gisements ukrainiens comme essentiels à son économie de guerre.
Détérioration des conditions de vie
Pendant ce temps, les infrastructures civiles et le bien-être public dans les territoires occupés continuent de se détériorer. Les autorités d’occupation négligent l’entretien des infrastructures essentielles et oppriment systématiquement les habitants. Les secteurs de la santé, de l’énergie, de l’alimentation et de l’eau sont confrontés à de nombreux défis, souvent exacerbés par les autorités locales.
Les habitants subissent des coupures d’eau et de gaz, un accès limité à l’électricité et une pollution de l’eau. Une catastrophe humanitaire se déroule dans certaines zones, comme à Oleshki, où la pénurie de produits de première nécessité s’est aggravée depuis décembre 2025.
Les autorités d’occupation restreignent également l’accès à Internet, se préparant à mettre en place des réseaux contrôlés par la Russie. Cette mesure vise à contrôler le flux d’informations et à imposer la propagande russe. Telegram et WhatsApp font face à des restrictions croissantes, ouvrant la voie à une interdiction totale et à l’installation forcée de Max, une application de messagerie russe nécessitant des cartes SIM russes.
Intégration forcée
La précarité du logement est une autre préoccupation croissante. Un décret récent impose la réenregistrement des biens immobiliers ukrainiens en vertu de la législation russe, ce qui pourrait conduire à l’octroi forcé de la citoyenneté russe ou à la saisie de ces biens.
Les politiques de Moscou dans les territoires occupés révèlent une stratégie fondée sur la coercition, l’exploitation des ressources et le changement démographique. Les investissements privilégient les infrastructures d’exportation des ressources et la logistique militaire, tout en négligeant les services essentiels. Il en résulte une détérioration des conditions de vie, des pénuries de services publics et une escalade des risques humanitaires. Le décalage entre le discours de Moscou sur la reconstruction et la sombre réalité met en évidence son objectif : exploiter les ressources, peupler les territoires occupés de Russes et rendre la réintégration avec l’Ukraine extrêmement difficile. (fc)
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