Après quelques semaines de discussions absurdes, et même de menaces invraisemblables de paralyser l’ensemble des activités gouvernementales, le gouvernement fédéral est parvenu la semaine dernière à un accord sur une aide énergétique temporaire. À cette fin, le gouvernement débloque 80 millions d’euros, répartis sur trois mois. La majeure partie de cette somme servira à augmenter l’indemnité de déplacement domicile-travail pour ceux qui ne disposent pas d’une carte carburant. Il s’agit là d’une mesure purement symbolique, destinée principalement aux caméras.
Appauvrissement collectif
Le débat de ces dernières semaines a largement ignoré l’essence même de ce qu’un choc énergétique signifie réellement pour notre économie. Nous dépendons de l’étranger pour les trois quarts de notre énergie, ce qui est le niveau le plus élevé d’Europe. Si le prix de cette énergie importée augmente soudainement de manière significative en raison d’une crise quelconque survenue quelque part au loin, cela signifie inévitablement un appauvrissement collectif pour nous. À court terme, nous n’avons en effet pas d’autre choix que de payer ce prix plus élevé.
La seule décision que nous avons à prendre face à un tel choc énergétique est de déterminer comment répartir cette facture énergétique supplémentaire au sein de notre économie. Plus que dans le reste de l’Europe, cette facture est répercutée sur les entreprises dans notre pays. En effet, via l’indexation automatique des salaires, celles-ci doivent également compenser la majeure partie de la facture énergétique de leurs employés. Dans la plupart des autres pays européens, où l’indexation automatique n’existe pas, cette facture est beaucoup plus répartie entre les entreprises et les ménages.
Et contrairement à ce qui a été affirmé ces dernières semaines dans certains milieux, il n’est pas vrai non plus que notre gouvernement s’enrichit sans rien faire grâce à un tel choc énergétique. Il est vrai que les recettes fiscales sur les produits énergétiques seront légèrement plus élevées, mais dans le même temps, l’État perd un multiple de ce « gain » en raison de l’impact de la baisse de la croissance économique et de la hausse des taux d’intérêt sur les finances publiques.
Les aides énergétiques ne résolvent rien
Ces aides à l’énergie ne changeront que peu, voire rien, au choc énergétique auquel nous sommes confrontés. Elles ne font que transférer une partie supplémentaire de la facture des ménages vers les entreprises, qui doivent prendre en charge l’augmentation des frais de déplacement domicile-travail. L’intention est de compenser cela par un crédit d’impôt, ce qui ferait passer la facture aux pouvoirs publics. Cette dernière solution risque toutefois de s’avérer assez complexe, et on ne sait pas encore clairement comment elle sera concrètement mise en œuvre. Il est fort probable que cela suive la voie de mesures antérieures, beaucoup trop complexes, telles que l’indexation des centimes ou l’impôt sur la plus-value.
Si nous voulons vraiment rendre notre société plus résistante à ce type de chocs externes, nous devons avant tout réduire notre dépendance vis-à-vis des énergies fossiles importées. Cela implique d’investir beaucoup plus dans les énergies renouvelables et de miser sur une interconnexion plus forte avec les pays qui nous entourent. Nous ne l’avons pas suffisamment fait après le précédent choc énergétique de 2022. Aujourd’hui encore, nous consacrons plus de temps à des discussions sur des mesures de façade qu’à de véritables solutions structurelles.
Il est temps d’adopter une politique sérieuse
Cette aide énergétique est-elle la fin du monde ou un coup dur supplémentaire pour nos finances publiques ? Non. Cette aide est-elle une solution au choc énergétique auquel notre économie est confrontée ? Non plus. Elle illustre surtout notre tendance à attendre sans cesse que les pouvoirs publics résolvent tout et éliminent tous les risques. Ce qu’elle ne peut évidemment pas faire, et ce qui n’est pas nécessairement positif pour notre prospérité et notre résilience à long terme. C’est pourquoi nous consacrons sans cesse beaucoup de temps et d’énergie à des mesures de façade, tandis que les véritables défis (certes moins médiatiques) qui nous attendent restent en suspens.
Si nous voulons réellement renforcer le pouvoir d’achat de manière structurelle, cela devra surtout passer par une croissance économique plus forte. Les mesures en faveur du pouvoir d’achat qui ne reposent pas sur la croissance économique ne sont guère plus qu’une illusion. Pour concrétiser cette croissance plus forte, de nombreuses possibilités s’offrent à nous : un marché du travail plus performant, un déploiement accéléré de l’IA, la numérisation de l’administration, un marché intérieur européen parachevé, moins de réglementation, la suppression de toutes sortes d’obstacles dans les domaines où nous excellons, tels que la biotechnologie, l’industrie pharmaceutique, la chimie…
La semaine dernière, le FMI a une nouvelle fois clairement montré qu’il est effectivement possible de faire autrement. Un ensemble de réformes structurelles au niveau national et l’achèvement du marché unique au niveau européen pourraient stimuler de manière spectaculaire l’activité économique en Europe. La simulation du FMI fait état d’un potentiel de 35 pour cent sur dix ans. Au niveau belge, cela correspondrait à 240 milliards en euros d’aujourd’hui d’activité économique supplémentaire. Le FMI a également indiqué que les principaux bénéficiaires d’une telle politique de réforme seraient les régions ouvertes caractérisées par un faible taux de chômage et une productivité élevée (la Belgique, donc). Ce genre de simulations doit certes être pris avec des pincettes, mais cela devrait tout de même montrer qu’il existe un énorme potentiel de croissance économique plus forte en Europe (grâce à des mesures que nous avons nous-mêmes en main).
La politique peut réellement faire la différence pour plus de prospérité pour tous. Cela nécessite un travail politique sérieux. Le genre de politique de façade que représente l’aide à l’énergie de cette semaine n’y contribue pas.
Bart Van Craeynest
Économiste en chef chez Voka et auteur de « België kan beter »
Suivez également Business AM sur Google Actualités
Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

