Principaux renseignements
- Poutine a critiqué publiquement les mauvais résultats économiques de la Russie et a exigé des explications de la part des responsables gouvernementaux.
- La baisse des investissements, la faiblesse de l’activité économique et la diminution des recettes pétrolières et gazières sont à l’origine du ralentissement économique.
- Malgré une récente remontée des prix du pétrole, les perspectives économiques de la Russie restent sombres, avec peu de chances de reprise significative.
Le président russe Vladimir Poutine a publiquement exprimé son mécontentement face aux performances économiques du pays, exigeant des explications tant du gouvernement que de la Banque centrale quant aux raisons pour lesquelles la croissance est en deçà des attentes. Il s’agit de la deuxième fois en un mois que Poutine exprime publiquement ses inquiétudes concernant l’économie.
Déclin économique
Les chiffres officiels révèlent un recul du PIB pour les deux premiers mois de l’année, le ministère du Développement économique faisant état d’une baisse de 1,8 pour cent par rapport à la même période de l’année précédente. L’Institut de prévision économique (INP) de l’Académie russe des sciences prévoit une contraction de 1,5 pour cent pour l’ensemble du premier trimestre, contredisant ainsi les prévisions antérieures de la Banque centrale qui tablaient sur une croissance de 1,6 pour cent.
Alors que le ministère a attribué une partie de ce recul au nombre réduit de jours ouvrables en janvier et février en raison d’ajustements calendaires, Poutine a rejeté cette explication, la jugeant insuffisante. Il a souligné des tendances préoccupantes dans l’industrie manufacturière, la production industrielle globale et la construction, secteurs essentiels à la vitalité économique. La construction a notamment connu une forte contraction, avec une baisse de 16 pour cent en janvier et de 14 pour cent en février.
Plusieurs facteurs
Ce ralentissement est attribué à plusieurs facteurs, notamment la baisse des investissements, la faiblesse de l’activité des entreprises et la diminution des recettes pétrolières et gazières. Les taux d’intérêt élevés et les perturbations liées au conflit en cours pèsent davantage sur les perspectives économiques, suscitant des inquiétudes quant à la stabilité budgétaire et à la croissance durable.
Les indicateurs reflétant le climat des affaires se sont également détériorés, l’indice de la Banque centrale tombant en dessous de zéro, ce qui signale une contraction plutôt qu’une expansion. De plus, les flux financiers dans la plupart des secteurs ont connu une baisse marquée et croissante au cours du premier trimestre.
Pression sur les finances publiques
Le ralentissement met les finances publiques sous pression, les recettes pétrolières et gazières ayant chuté de 45 pour cent au premier trimestre par rapport à l’année précédente. Alors que les recettes non pétrolières ont connu une légère hausse de 7 pour cent, les dépenses publiques ont bondi de 17 pour cent. En conséquence, le déficit budgétaire a déjà dépassé l’objectif fixé pour l’ensemble de l’année, atteignant 4 580 milliards de roubles (51 milliards d’euros).
Les économistes préviennent que ces tendances vont peser sur les bénéfices des entreprises et les investissements. La baisse de la croissance, le recul de la demande et la hausse des coûts du service de la dette sont autant de facteurs qui contribuent à cette situation. L’Institut Gaidar a averti que les recettes fiscales pourraient être inférieures aux prévisions du gouvernement pour l’année.
Perspectives de reprise limitées
Si la récente flambée des prix du pétrole liée au conflit en Iran apporte un soulagement temporaire, elle ne devrait pas modifier de manière significative la trajectoire de ralentissement de la croissance. La Banque mondiale souligne que la baisse des recettes pétrolières et gazières n’est pas compensée par d’autres sources de revenus.
Les prévisions d’une reprise économique significative restent limitées. Les taux d’intérêt élevés et l’engagement de la Banque centrale à maintenir une politique monétaire restrictive pendant une période prolongée contribuent encore davantage à ces perspectives. L’investissement, moteur clé de la croissance, devrait encore reculer en 2026 après avoir déjà baissé de 2,3 pour cent l’année dernière.
Facteurs de risque
Les analystes mettent en avant plusieurs facteurs de risque : la baisse des bénéfices des entreprises due à la pression sur leurs fonds propres, les contraintes budgétaires et l’affaiblissement de la demande des consommateurs. De plus, une grande partie de la croissance restante est concentrée dans le secteur de la défense, ce qui détourne des ressources des industries civiles.
Alors que la plupart des prévisions tablent désormais sur une croissance modeste d’environ 1 pour cent, les analystes reconnaissent que la fin du conflit en Ukraine constituerait le principal moteur de l’économie. Ils soulignent toutefois que cela ne résoudrait pas les problèmes structurels plus profonds qui entravent une croissance durable à long terme.
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