Principaux renseignements
- La Banque de France a réalisé un bénéfice record en vendant des lingots d’or plus anciens à New York et en achetant des lingots plus récents en Europe.
- Cette manœuvre stratégique a permis d’éviter les tensions diplomatiques et les coûts logistiques liés au rapatriement de l’or depuis les États-Unis.
- Les réserves totales d’or de la France restent inchangées et sont désormais stockées en toute sécurité à Paris.
En 2025, la Banque de France a trouvé un moyen original de rapatrier son or depuis des dépôts américains. La banque centrale a vendu à New York une partie de ses lingots d’or plus anciens et moins purs, à un moment où les cours de l’or atteignaient des sommets historiques. Elle a ensuite utilisé le produit de cette vente pour acheter de nouveaux lingots d’or conformes aux normes de pureté révisées en vigueur en Europe.
Grâce à cette stratégie, la banque a évité des différends diplomatiques avec les États-Unis et a éliminé les coûts liés au transport et à la sécurisation de l’or à travers l’océan Atlantique.
Des retombées financières
Il en a résulté un bénéfice important pour la Banque de France, ce qui a considérablement renforcé sa situation financière globale. Ses fonds propres s’élèvent désormais à pas moins de 283,4 milliards d’euros, soit une augmentation par rapport aux 202,7 milliards d’euros de l’année précédente. Cette augmentation est en partie due aux bénéfices réalisés sur les opérations sur l’or.
Stockage sécurisé
Malgré les spéculations, le gouverneur de la Banque a affirmé que la décision de stocker les lingots d’or nouvellement acquis à Paris n’était pas motivée par des considérations politiques. Les réserves d’or totales de la France restent inchangées, à environ 2 437 tonnes, l’ensemble de ces réserves étant désormais stocké en toute sécurité dans le coffre-fort souterrain de la Banque de France à La Souterraine.
Les années soixante
La banque a qualifié cette mesure d’« amélioration de la qualité des réserves » et de tentative visant à mieux se conformer aux normes internationales modernes en matière d’or. Pourtant, la vente d’or de cette année rappelle les années soixante. À l’époque, le système monétaire international reposait sur un élément central : le dollar américain. Dans le cadre du système dit de Bretton Woods, ce dollar était directement convertible en or par les banques centrales étrangères. Le dollar servait alors de fondement à l’économie mondiale.
Pourtant, la méfiance à cet égard grandissait en coulisses. La France, sous la houlette de Charles de Gaulle, a commencé à douter de la viabilité de la politique monétaire américaine. Le gouvernement craignait que les États-Unis ne mettent trop d’argent en circulation pour financer leurs dépenses. Cela conduirait à coup sûr à un affaiblissement du dollar américain, selon de Gaulle.
Entre 1963 et 1966, la France a donc secrètement rapatrié une grande partie de ses réserves d’or depuis des dépôts situés à New York et à Londres. On baptisa l’opération « Vide-Gousset », littéralement « vider la poche ». Au total, on rapatria en France plus de 3 000 tonnes d’or par bateau et par avion.
Le choc Nixon
Selon plusieurs économistes, cette opération a contribué à accroître la pression sur le système de Bretton Woods et à son effondrement final. En 1971, le président américain Richard Nixon a décidé de mettre fin à l’ancrage du dollar à l’or. Cette décision, connue par la suite sous le nom de « choc Nixon », a marqué la fin de l’ère des taux de change fixes.
Les conséquences furent gigantesques. Le prix de l’or a grimpé en flèche, passant de 35 dollars l’once à plus de 800 dollars en 1980. Dans le même temps, la stagflation, la volatilité des taux de change et un ordre financier en pleine mutation ont affecté l’économie mondiale.
Parallèles avec aujourd’hui
Contrairement aux années 1960, le dollar n’est plus indexé sur l’or aujourd’hui. Les banques centrales ne peuvent plus échanger leurs réserves en dollars contre ce métal précieux et le marché détermine les taux de change. L’or joue aujourd’hui principalement un rôle de valeur refuge et n’est plus le pilier du système monétaire mondial.
Le rapatriement d’une partie des réserves d’or françaises est donc avant tout une décision stratégique. Selon la Banque de France, il s’agit d’une modernisation technique et d’un contrôle de la qualité des réserves, et non d’un signal politique adressé à Washington. Les marchés n’y ont d’ailleurs guère réagi.
La France n’est d’ailleurs pas le seul pays à réexaminer le lieu de stockage de ses réserves d’or. L’Allemagne, par exemple, conserve toujours une grande partie de ses réserves à l’étranger. Là-bas, le débat sur le rapatriement prend toutefois de l’ampleur. (ev)(fc)
Suivez également Business AM sur Google Actualités
Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

