60 milliards d’euros en plus: prioriser la santé en Belgique, une prescription pour la prospérité

La bonne santé est un investissement rentable. Que nos décideurs politiques se le remémorent à l’occasion de cette journée mondiale de la santé. En investissant mieux dès maintenant dans la santé publique, la Belgique doperait sensiblement sa croissance économique et améliorerait la vie de tout un chacun.

‘La pandémie de Covid-19 est un rappel indésirable de l’importance de la santé pour les individus, la société et l’économie mondiale’, souligne le McKinsey Global Institute. Pourtant, depuis des années, le débat politique s’est principalement concentré sur la hausse du coût des soins, surtout dans nos pays développés.

Les dirigeants politiques resteraient-ils indifférents aux vertus de la santé pour la croissance économique et tous les avantages sociaux qui en découlent ? ‘Nous avons une occasion unique non seulement de restaurer le passé, mais de faire progresser considérablement la santé et la prospérité à grande échelle’, soutient l’institut.

Dans le rapport Prioritizing Health, les analystes de McKinsey revendiquent qu’en améliorant les conditions de santé il est possible d’injecter des milliards de milliards dans l’économie mondiale. Pour ce faire, ils ont évalué le bénéfice global sur deux décennies des actions recommandées par les associations médicales et de l’innovation scientifique et technologique visant à améliorer la santé des individus. Ce qui a un impact sur la population évidemment, mais aussi sur l’économie et le bien-être en général.

La santé comme catalyseur

L’amélioration de l’hygiène et de la nutrition, les antibiotiques, les vaccins, les nouvelles technologies et autres innovations thérapeutiques ont amélioré de façon spectaculaire l’espérance de vie mais aussi les chances de survie pour les patients atteints de cancers, de pathologies cardiaques et autres dans de nombreux pays.

‘Les améliorations en matière de santé ont contribué à l’expansion rapide de la population active et de la productivité du travail dans la seconde moitié du 20e siècle, qui ont été des facteurs clés de la forte croissance économique de cette période. En s’enrichissant, les pays ont investi dans une meilleure alimentation et des environnements plus sûrs, créant un cercle vertueux d’amélioration de la santé et de hausse des revenus’, indiquent les auteurs du rapport.

Avec l’amélioration de la santé au XXe siècle, l’espérance de vie a plus que doublé et la main-d’œuvre mondiale s’est développée. Des recherches portant sur des années plus récentes des implications politiques quant au rapport de la santé et de l’économie ont montré que la santé contribuait presque autant à la croissance des revenus que l’éducation.

Inversement, malgré les progrès réalisés au cours du siècle dernier, la mauvaise santé et les inégalités en matière de santé continuent de limiter la prospérité économique.

‘Nous estimons que le coût de la mauvaise santé était de plus de 12 000 milliards de dollars en 2017, soit environ 15 % du PIB réel mondial. Les chocs sanitaires tels que la pandémie de COVID-19, la grippe H1N1 et le SRAS peuvent entraîner des coûts humanitaires et économiques supplémentaires’, souligne le McKinsey Global Institute. La crise actuelle du coronavirus et ses répercussions, telles que les mesures de confinement mises en place pour contrôler la propagation du virus, ont réduit le PIB mondial de 6% en 2020.

0,8 € investi rapporterait plus de 2 euros à l’économie belge

Il n’est pas trop tard pour agir, et certainement pas trop tôt pour investir. L’institution qui gère la principale base de données sur la ‘charge mondiale de morbidité’ (Institute for Health Metrics and Evaluation, IHME) prévoit que ce fardeau de la mauvaise santé diminuera à un rythme plus lent que par le passé. Un constat préoccupant particulier vrai pour les économies matures comme la nôtre, où la population vieillit et est confrontée à des problèmes de santé liés à l’âge et au revenu, comme le diabète, les maladies cardiovasculaires et certains cancers.

La bonne nouvelle est que cette charge pourrait être réduite d’environ 34% en Belgique en mettant en place plus rigoureusement les interventions sanitaires recommandées. Chez nous, les mesures les plus efficaces concerneraient notamment les traitements médicamenteux pour les maladies cardiaques, la prévention des infarctus, et le diabète; l’encadrement pour l’arrêt du tabagisme ou l’aide au changement de comportement (nutrition, exercice physique). Auprès de plus larges tranches de la population et en recourant davantage aux outils les plus efficaces disponibles.

‘Plus de 70% des gains sanitaires pourraient être obtenus par la prévention en créant des environnements plus propres et plus sûrs, en encourageant des comportements plus sains et en s’attaquant aux facteurs sociaux qui en sont la cause, ainsi qu’en élargissant l’accès aux vaccins et à la médecine préventive. Une réduction de la charge de morbidité entraînerait des avantages considérables pour la santé. Pour les personnes d’âge moyen, ce changement pourrait prolonger d’une décennie le nombre d’années en bonne santé’, insistent les analystes du McKinsey Global Institute.

Ces avantages économiques découlant des améliorations de la santé sont suffisamment importants pour ajouter quelque 68 milliards de dollars (57 milliards d’euros), soit 11% du PIB belge d’ici 2040.

‘Cette croissance plus rapide chaque année se manifesterait sur le marché du travail, à la fois en développant l’emploi futur grâce à la réduction du nombre de décès précoces, des problèmes de santé et de la participation à la vie active de personnes en meilleure santé, et grâce aux gains de productivité que peuvent réaliser des travailleurs en meilleure santé physique et mentale’, ponctue l’institut.

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