4 facteurs macroéconomiques qui ont mené au « coup d’État » Tunisien

Kaïs Saïed, président tunisien, a suspendu dimanche soir l’activité de son parlement et congédié son Premier ministre en raison d’un « péril imminent menaçant la nation ». Un geste politique dont la constitutionnalité est douteuse, certains dénonçant un « coup d’État ». S’agit-il d’un coup de force du président ou d’une mesure temporaire pour remettre le pays sur les rails ? Car la situation économique semble encore dantesque selon Aljazeera, 10 ans après le début du Printemps arabe sur ce territoire.

1. Les jeunes

Si les jeunes générations étaient à l’origine du Printemps Arabe il y a 10 ans, c’est aujourd’hui la génération suivante qui proteste dans les rues. En cause ? Le taux de chômage des jeunes, le manque chronique d’opportunités, l’inefficacité politique et la corruption. Ce seraient ces tensions sociales et politiques qui auraient poussé le Président actuel à reprendre les rênes de son gouvernement et de son parlement.

2. Une croissance économique faible

Le pays, avec une tendance protectionniste et une offre publique négligée, avait connu une croissance plus lente que ses pairs dans la région. La croissance économique annuelle moyenne entre 2011 et 2019 a été d’un piètre 1,5 %, selon la Banque mondiale. Les investissements et les exportations n’ont jamais retrouvé leur vigueur d’avant le Printemps arabe et la corruption est restée endémique depuis lors.

3. Puis la pandémie a frappé

En 2020, la croissance économique tunisienne a reculé de 8,8 % par rapport à l’année précédente. Le tourisme, une valeur pourtant sûre, a été décimé, ainsi que la production. Par conséquent, le taux chômage est passé à 17,4% en fin d’année 2020. Les jeunes sont particulièrement touchés par le chômage, à hauteur de 36% en fin d’année 2020. Pendant ce temps, le pays passe part une troisième vague d’infections au COVID-19 qui a vu son système de santé s’effondrer ce mois-ci et de nouvelles restrictions imposées. Seuls 7 % environ des Tunisiens sont entièrement vaccinés, selon les derniers chiffres de Our World in Data.

4. Le déficit budgétaire

Le gouvernement a tenté d’atténuer le choc financier des pertes d’emplois et de revenus dues aux restrictions du COVID en renforçant les aides financières aux ménages en difficulté, une solution préconisée par le FMI et la Banque mondiale. Mais ces aides financières, combinées à la baisse des revenus, ont aggravé le déficit budgétaire de la Tunisie. La dette publique a atteint 88 % du produit intérieur brut (PIB) à la fin de 2020, contre 72 % l’année précédente, a noté la Banque mondiale en avril.

Le pays aurait certainement besoin d’un renflouement du FMI. Mais les négociations avec l’organisme international de prêt pour un prêt de 4 milliards de dollars sont au point mort. Les agences de notation de crédit en prennent note. Au début du mois, Fitch Ratings a abaissé la note de la Tunisie à « B- » avec une perspective négative, en invoquant l’incapacité à convenir d’un nouveau programme de financement avec le FMI. Il est certain que la nouvelle insécurité politique du pays, provoquée par le coup d’état du président, ne va certainement pas jouer en leur faveur.

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