Veto à l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN : ce qui pourrait faire changer d’avis la Turquie

C’est la grande révolution géopolitique de l’année, et l’une des conséquences majeures de la guerre en Ukraine : la Suède et la Finlande ont officiellement déposé leur candidature pour entrer dans l’OTAN – exactement le genre de renforcement de l’Alliance atlantique vers l’est que craignait Vladimir Poutine. Mais cet élargissement n’est pas encore bétonné, car la Turquie s’y oppose ouvertement. Pourtant, il serait sans doute possible de lui faire changer d’avis.

La Turquie du président Recep Tayyip Erdoğan se trouve dans une position bien inconfortable : membre de l’OTAN, le pays dépend grandement à la fois des exportations et du tourisme russe, tout en ayant construit un partenariat stratégique avec l’Ukraine, qui fait bon usage de ses drones armés Bayraktar. En outre, la Turquie voulait se présenter en acteur incontournable dans la tenue de négociations entre les deux parties, jusqu’ici au point mort.

Le pays se retrouve maintenant dans un rôle central, avec le poids de la décision d’un soutien – ou non – à l’adhésion de la Finlande et surtout de la Suède à l’Alliance atlantique, qui devrait être approuvée par l’ensemble des pays membres.

Le poids du veto turc

Or, la semaine passée, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avait affirmé que l’adhésion de la Suède et de la Finlande était une « mauvaise idée » en raison de leur mansuétude à l’égard du Parti des travailleurs du Kurdistan, rappelle le site de référence sur les questions stratégiques Opex360. Une organisation politique armée kurde dont Ankara ne veut pas entendre parler.

« Comment allons-nous leur faire confiance ? La Suède est la pépinière des organisations terroristes […] Nous ne céderons pas sur l’adhésion à l’Otan de ceux qui appliquent des sanctions envers la Turquie » a vociféré le président Erdoğan, faisant référence à l’embargo sur les armes que lui ont imposé Suède et Finlande après son offensive lancée en 2019 contre les milices kurdes syriennes [YPG], proches du PKK.

Entre Stockholm et Ankara : le Kurdistan

Il faut noter que les relations entre la Turquie et la Suède se sont progressivement dégradées depuis l’arrivée au pouvoir du très conservateur Erdoğan, alors que le royaume nordique était auparavant un des plus fervents soutiens de l’entée de ce pays dans l’Union européenne, rappelle le Financial Times. Le pays est aussi devenu un refuge pour de nombreux Kurdes, dont des figures de la lutte pour l’autonomie du Kurdistan, parfois liées aux YPG ou au PKK, et dont Ankara a plusieurs fois demandé l’extradition.

Ce problème kurde concerne la Suède, mais pas particulièrement la Finlande, ce qui met encore plus de pression sur le gouvernement de Stockholm, et le président turc a compris qu’il pouvait là en profiter ; il peut espérer que le reste de l’Europe tentera de convaincre les Suédois de lâcher tout soutien officiel à la cause kurde en général et aux YPG en particulier. Mais il existe un autre argument dans la balance.

Des avions de chasse qui pèsent lourd dans la balance

L’OTAN – en particulier Washington – pourrait proposer un deal avantageux à un président kurde qui cherche à moderniser son armée. Ankara attend le feu vert de l’administration Biden pour se procurer 40 F-16 « Viper » et 80 kits pour moderniser à ce standard 80 autres appareils de ce type actuellement en dotation au sein des forces aériennes turques.

La Défense du pays espère aussi obtenir la levée des sanctions que lui avaient infligées l’administration Trump pour son achat de systèmes russes de défense aérienne S-400 et même, pourquoi pas, de nouveaux contrats d’armement. Selon Opex360, la Turquie verrait comme un beau geste en sa faveur sa réintégration dans le programme d’avion de combat de cinquième génération F-35, au titre duquel elle avait commandé une centaine d’exemplaires de ces chasseurs-bombardiers ultramodernes.

« La Turquie poursuit une politique étrangère conforme à ses intérêts nationaux et accepterait l’élargissement de l’OTAN si les préoccupations exprimées à l’égard des nations nordiques étaient satisfaites », ont toutefois expliqué des responsables turcs à l’agence Bloomberg. Nous sommes donc en plein dans un imbroglio géopolitique où, au sein de l’Alliance, des intérêts particuliers divergent fortement.

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