Voici pourquoi certains élus MR, PS et CDH ont tant de mal à accepter le décret décumul en Wallonie

La période transitoire du décret décumul va prendre prend fin. Les élus devront faire un choix entre un rôle de député et une fonction locale. Le hic, c’est qu’il faut choisir dès le scrutin communal en octobre prochain, sans connaître les résultats du scrutin régional de mai 2019. Plusieurs élus pourraient ainsi se retrouver sur le carreau. MR, qui n’a jamais été chaud, PS et CDH ont voulu freiner l’application du décret. Mais elle semble maintenant inexorable. Ce n’est pas encore la panique au Parlement de Wallonie, mais certains élus commencent à se poser pas mal de questions. En cause, l’application du décret décumul. Il va obliger les élus wallons à choisir entre une fonction de député ou une fonction exécutive locale (bourgmestre, échevin ou président du CPAS).

Cela permettra d’avoir des députés à temps plein et d’éviter les conflits d’intérêts ou de faire monter au parlement wallon des enjeux trop locaux. Les partis à l’époque en 2010 se sont mis d’accord sur une exception, précise La Libre ce jeudi: 25% des députés de chaque groupe politique pourront conserver leur statut de « bourgmestre empêché ». Ce statut permet à l’élu de choisir entre ses deux fonctions tout au long de la législature et de pouvoir revenir en arrière aussi.

Cette fois, il faudra choisir

Ces 25% se calculent en fonction des meilleurs taux de pénétration, c’est-à-dire le nombre de votes nominatifs divisés par le nombre de votes exprimés. En clair, il s’agit des grosses têtes d’affiche de chaque parti. Une exception a été ajoutée par la suite à cette exception: les bourgmestres, échevins et les présidents de CPAS de communes de plus de 50.000 habitants ne pourront de toute façon pas cumuler.

Si les règles du jeu son connues depuis 7 ans, pourquoi l’application du décret décumul poserait-il problème? Par manque d’anticipation. Certains élus bénéficiaient d’une période transitoire leur conférant le statut de bourgmestre empêché. En fait MR, PS et CDH n’en ont jamais vraiment voulu. Ces trois partis ont d’ailleurs essayé d’abroger le décret en 2016 ou de reporter son application pas plus tard qu’en janvier dernier. Les deux fois, l’info avait fuité dans la presse faisant capoter l’affaire. Donc maintenant, ils ne peuvent plus reculer: il va falloir faire un choix, mais pas forcément en connaissance de cause.

Un choix cornélien

C’est plus compliqué qu’il n’y paraît: les élections communales (octobre 2018) et régionales (mai 2019) sont séparées d’un peu plus de six mois. Le souci est donc le suivant: qui renoncera/acceptera un mandat communal sans connaître les résultats des élections de 2019? « Connaissez-vous un seul élu qui renoncerait à être bourgmestre de sa commune pendant six ans pour le bonheur tout relatif d’être député wallon durant six mois? », déclarait fin janvier en off au Soir, « un fin connaisseur » de la politique régionale.

Car oui, si un député renonce à sa fonction de bourgmestre en 2018, il ne pourra plus revenir en arrière en 2019. Il ne restera à cet élu qu’à croiser les doigts pour faire un bon score en 2019, pour effectivement exercer sa fonction régionale. Sinon, il pourrait être perdant sur toute la ligne.

Deuxième problème: la majorité wallonne sera-t-elle en péril? Au delà des destins personnels incertains, le souci se situe au niveau du scrutin communal. Si des élus, et ils sont nombreux à l’envisager, privilégient leur mandat local quid de la majorité actuelle? On sait qu’elle ne tient qu’à un fil. Du coup, on pourrait se retrouver avec une majorité en roue libre pendant plus de six mois car en minorité. Même chose pour leurs suppléants, beaucoup privilégieront une fonction locale plutôt qu’être député pour une période de six mois.

Bruxelles à la traîne

Enfin à Bruxelles, rien ne semble décidé. Là-bas un autre problème se pose: les listes sont-elles suffisamment garnies que pour se permettre un choix entre une fonction de député ou un mandat local. On le rappelle, les élections communales ont lieu dès 2018, donc il leur faudra faire un choix. Les partis flamands sont les plus hésitants: ils craignent de ne pas avoir d’effectifs assez garnis. Les négociations sont pour l’instant à l’arrêt, mais devraient reprendre après les vacances de carnaval selon La Libre.

Faudrait pas trop traîner non plus: les communales c’est pour dans huit mois.

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