Vers la fin des décès pour la mi-mai? ‘Le virus ne va probablement pas disparaître’

Virioloog Steven Van Gucht. – Isopix

Le lendemain du Conseil National de Sécurité, les tendances observées depuis plusieurs jours restent relativement stables. Mais le nombre de tests, le suivi des contacts, l’immunité collective et les décès restent à l’étude. Le déconfinement sera-t-il possible?

Les chiffres:

  • Les dernières 24 heures, 217 nouvelles personnes ont dû être hospitalisées. 295 patients ont pu quitter l’hôpital. Le total de personnes hospitalisées s’élève à 4195 (-160 par rapport à hier). 934 sont en soins intensifs (-36) et 635 sont sous respirateurs (-46).
  • 241 décès ont été recensés, mais 58 datent d’avant-hier: il s’agit des chiffres des maisons de repos flamandes qui n’avaient pas pu être rapportés à cause d’un problème technique. 154 de ces décès proviennent de Flandre, 59 de Wallonie et 28 de Bruxelles. 72 ont eu lieu à l’hôpital et 164 dans des maisons de repos. Parmi ces décès en maisons de repos, 58% sont confirmés par des tests en laboratoire.
  • Le total des décès s’élève à 6917. 46 % ont eu lieu à l’hôpital et 53 % dans des maisons de repos.
  • Hier, 1032 nouvelles contaminations ont été constatées: 678 proviennent des canaux classiques et 354 de l’étude en cours dans les maisons de repos. Au niveau de la répartition, 431 proviennent de Flandre, 355 de Wallonie, 128 de Bruxelles et 118 sont d’origine inconnue. Le total des contaminations s’élève aujourd’hui à 45.325 depuis le début de la pandémie.

25.000 tests, vraiment ?

Hier, seuls 8396 tests ont été réalisés. Nous sommes donc encore (très) loin des 25.000 à 30.000 tests promis pour le 4 mai par la Première ministre Sophie Wilmès. Comment sera-ce donc possible? La députée fédérale cdH et chef de groupe à la Chambre Catherine Fock avance un début de réponse.

Des hospitalisations qui ne baissent plus

Ces chiffres montrent que nous avons pu éviter un pic important dans le secteur des soins de santé mais il faut rester prudent. D’autant plus que le nombre de nouvelles hospitalisations ne diminue plus depuis trois jours consécutifs, alors qu’il s’agit de la pierre angulaire de la stratégie de sortie.

‘Chaque étape de cette stratégie d’adaptation n’est pas définitive, la situation reste délicate et fragile, les équilibres sont difficiles’, indique le SPF Santé Publique. Si l’épidémie repart donc à la hausse, on devra peut-être faire marche arrière et revenir à des mesures plus sévères. Mais pour l’instant, les indicateurs restent à la stabilisation.

Suivi des contacts

Pour réussir ce défi collectif, un dépistage et système de suivi des contacts vont être mis en place. Il s’agit de call centers qui devront entrer en contact avec les personnes positives et retracer les contacts qu’ils ont pu avoir. Une stratégie déjà qualifiée d’archaïque sur Twitter (avec humour), face à une application de tracing comme c’est à l’étude en France par exemple.

L’épidémiologiste et membre du groupe d’expert qui conseille les autorités sur la stratégie de sortie Marius Gilbert se montre également sceptique. ‘Ce dispositif n’est effectivement pas prêt. Mais un élément joue en notre faveur: avant que les transmissions ne se réalisent, il y a un temps en plus, le temps d’incubation’, indique-t-il dans une interview à la RTBF.

Face à un tel dispositif, la meilleure garantie restera néanmoins ‘le comportement responsable de chacun d’entre nous’, comme l’annonce le centre de crise interfédéral. À savoir l’hygiène des mains et la distanciation sociale. Le port du masque est également fortement recommandé dans les espaces publics et sera rendu obligatoire dans les transports publics, les lieux de travail où la distance physique ne peut pas être respectée et dans les écoles pour les élèves de plus de 12 ans, comme l’a indiqué le Conseil National de Sécurité.

Immunité collective

Une étude de Sciensano publiée ce samedi matin indiquait que 4,3% de la population belge serait immunisée contre le coronavirus. Sur une analyse de 1327 échantillons sanguins représentatifs de la population belge, la présence d’anticorps en Flandre est passée de 2,1% le 30 mars à 4,1% dans ceux du 14 avril.

‘Il s’agit donc presque du double en 2 semaines’, indique le porte-parole Steven van Gucht. ‘Malgré des mesures très strictes, certains développent donc le virus dans la population, même si l’immunité est très lente.’ Rappelons que minimum 60 % de la population doit développer des anticorps pour atteindre l’immunité collective. Nous en sommes encore très loin. Des échantillons seront analysés toutes les deux semaines pour suivre cette évolution dans les mois qui suivent.

Zéro décès à la mi-mai?

Un modèle de l’Université de Seattle prévoit que le nombre de décès dus au coronavirus en Belgique tomberait à zéro aux alentours de la mi-mai.

‘Il faut être conscient que moins de 1% de la population décède de la maladie. Dans les semaines qui suivent, le nombre de contaminations va encore fort diminuer. J’espère que dans le nombre décès se fera aussi rare mais c’est très difficile à prédire’, répond Steven van Gucht. ‘Il faut être conscient que le virus ne va probablement pas disparaître, les décès sont donc toujours possibles.’ En outre, l’automne et l’hiver à venir seront sans doute les périodes les plus difficiles.

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