Comme un parfum d’Union soviétique : en Russie, le retour des magasins spécialisés en biens étrangers réservés aux diplomates

Le terme ne dira pas grand-chose à la plupart des occidentaux, mais en Russie on se rappelle encore des magasins Beriozka. Il s’agissait d’une chaîne de boutiques de l’époque soviétique apparue en 1964, et dans laquelle on pouvait trouver des produits importés, donc plutôt luxueux pour les citoyens soviétiques.

Tout le monde n’y avait d’ailleurs pas accès : dans ces magasins, on payait en général avec des devises étrangères fortes, interdites aux Soviétiques ordinaires, ou en bons d’achat spéciaux. Les Beriozkas étaient donc de facto réservés aux fonctionnaires et aux membres importants du parti communiste, ainsi qu’aux diplomates étrangers et aux quelques touristes. Il était d’ailleurs courant dans les grandes villes de l’URSS et du bloc de l’est en général de demander à un touriste ou à un citoyen étranger d’acheter un produit.

Du luxe contre des monnaies fortes

Or, voilà que ce système, disparu dans les privatisations des années 1990, fait son grand retour en 2022. À compter de l’automne, des boutiques duty-free vendant des produits occidentaux hors taxes contre des devises étrangères ouvriront à travers la Russie, rapporte le Guardian. On y trouvera majoritairement des produits d’importation devenus rares suite aux différentes vagues de sanctions internationales et au retrait de nombreuses marques étrangères, qui ont quitté le pays en protestation à l’invasion de l’Ukraine.

Mais encore une fois, ces magasins – qui n’ont pas encore de nom, qu’il soit officiel ou officieux – ne seront pas ouverts à tout le monde. Pour acheter quelque chose, les visiteurs devront fournir un document officiel prouvant qu’ils sont un diplomate étranger, un employé d’une organisation internationale ou un membre de leur famille.

Et les magasins accepteront également les paiements en dollars et en euros, imitant ainsi la fonction d’aimant à devises fortes des magasins de l’ère soviétique. Car oui, alors que Poutine réclame qu’on lui achète du gaz et du pétrole en roubles, dans ces magasins, on cherche plutôt à les éviter.

« C’est l’URSS totale ! »

Ces magasins hors taxes seront détenus par une société créée par le ministère russe des Affaires étrangères et une autre entité choisie dans le cadre d’un concours.

Les marchandises trouvables dans ces rayons comprendront des alcools, du tabac, des bijoux, des cosmétiques, des parfums et des bonbons, ainsi que des smartphones et des montres, rapporte le média russe en ligne Mediazona, dont le rédacteur en chef Sergei Smirnov a commenté « C’est l’URSS totale ! » à l’annonce de l’ouverture prochaine de ces magasins. Un sentiment que de nombreux Russes doivent partager, et certainement pas par nostalgie des files d’attente et du double système économique.

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