Une réduction de 65 % des émissions de carbone sur la table de l’UE

Le Parlement européen s’apprête à entamer des discussions difficiles sur l’objectif climatique de l’UE pour 2030, avec la proposition d’une réduction de 65 % des émissions de carbone sur la table. C’est ce que révèle le site paneuropéen Euractiv.

On doit cette idée à Jytte Guteland, une sociale-démocrate suédoise qui dirige les discussions sur la nouvelle loi climatique de l’UE au nom des députés européens. Mardi, elle a déclaré qu’elle soutiendra un objectif de – 65% d’émissions de CO2 pour 2030.

‘Je pense qu’il est important en ces temps de soumettre des propositions qui sont en accord avec ce que les scientifiques ont dit qu’il était nécessaire’, a-t-elle déclaré à la radio suédoise.

On est bien plus loin que les promesses actuelles de réductions d’émissions de 50 à 55 % par la Commission européenne dans le cadre du Green Deal. C’est pourtant bien cette visée de 65 % pour 2030 qui donnerait à l’UE les moyens de réaliser l’objectif de l’accord de Paris visant à limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C. C’est ce qu’indique le rapport des Nations unies sur l’écart des émissions.

Pour une relance économique verte

En toute logique, les militants écologistes ne se sont pas fait priés pour applaudir ce pas de géant en avant. ‘La grande leçon de la crise Covid-19 est que les gouvernements doivent écouter les données scientifiques et agir en conséquence’, a déclaré Sebastian Mang, conseiller en politique climatique de l’UE à Greenpeace.

‘Mme Guteland se rend compte que l’UE doit adopter la même approche face à l’urgence climatique’, a-t-il applaudi, avertissant que les milliers de milliards d’euros qui seront dépensés pour la relance économique ‘feront ou déferont l’action climatique de l’UE’.

Ce n’est pas la première fois qu’une telle demande est évoquée. Les voix s’élèvent de plus en plus pour ‘profiter’ du bouleversement actuel afin de revoir nos modes de fonctionnement de façon durable – et de ne pas commettre les mêmes erreurs à la reprise économique.

Des centaines d’organisations de citoyens européens unies au sein de la plateforme Stay Grounded ont ainsi appelé à accompagner le soutien public aux compagnies aériennes de conditions contraignantes en matière de climat.

Selon le Financial Times, l’Union européenne serait désormais en train d’examiner une telle possibilité. Ce mardi, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a par ailleurs promis de placer le Green Deal au centre du plan de relance de l’UE.

Et pas plus tard qu’aujourd’hui, la cheffe du FMI Kristalina Georgieva exhortait à son tour à une reprise économique ‘verte’.

‘Si cette reprise doit être durable, si notre monde doit devenir plus résilient, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour promouvoir une “reprise verte”’, a-t-elle déclaré au Petersberg climate dialogue. Et de préconiser trois priorités: l’utilisation ‘judicieuse’ du soutien public, la promotion de la finance verte et l’imposition d’une taxe carbone à ‘un juste prix’, donc élevé.

Mince espoir

Si les demandes en ce sens se multiplient, une proposition ‘extrême’ telle que celle de Jytte Guteland n’a que très peu de chances d’aboutir. Il en effet peu probable qu’un objectif de 65 % obtienne le soutien d’une majorité au Parlement européen. A commencer par le Parti populaire européen (PPE), le plus grand groupe politique de l’assemblée de l’UE.

S’il a déclaré être prêt à soutenir un objectif de 50 % d’émissions pour 2030, il a ajouté qu’il n’irait pas plus loin sans une analyse des coûts-avantages approfondie. Et d’engagements similaires de la part d’autres grands pollueurs, tels que les États-Unis et la Chine. ‘Afin de passer d’un objectif de 50% à 55%, nous avons besoin d’une évaluation d’impact préalable et d’une coopération internationale’, déclarait en mars l’eurodéputée néerlandaise Esther de Lange, qui est aussi vice-présidente du PPE.

La chancelière allemande Angela Merkel est sur la même longueur d’onde, indiquant mardi saluer les plans de la Commission pour un objectif de 50 à 55 % d’ici 2030. Une Commission qui a de son côté entendu ces appels et promis cette évaluation d’impact approfondie d’ici septembre. A temps pour la reprise?

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