Une ministre britannique blâme les ‘mauvais’ conseils scientifiques du début de la crise du coronavirus

Therese Coffey – Isopix

Alors que le gouvernement de Boris Johnson est sur la sellette pour sa gestion de la crise du coronavirus et que le Royaume-Uni a récemment franchi la barre des 40.000 morts, la secrétaire d’État au travail et aux pensions, Therese Coffey, a semblé ce mardi vouloir rejeter une partie de la faute sur les conseils prodigués au début de la crise par le monde scientifique.

‘Vous pouvez poser des jugements et des décisions seulement sur la base des informations dont vous disposez à un moment donné’, a en effet déclaré Therese Coffey à Sky News ce mardi, en réponse à une question portant sur la gestion de la crise par le gouvernement du Premier ministre Boris Johnson. ‘Si la science était dans l’erreur, les conseils fournis à l’époque étaient erronés. Je ne suis dès lors pas surprise si des gens pensent que nous avons pris une mauvaise décision.’

‘Les scientifiques conseillent, les ministres prennent des décisions’

Selon l’agence Bloomberg, la déclaration de Mme Coffey s’inscrit dans la lignée de celles de plusieurs autres ministres qui ont affirmé récemment avoir été guidés par la ‘science’ tout au long de la crise, semblant ainsi vouloir se dédouaner de fautes éventuelles.

‘Les scientifiques conseillent, les ministres prennent des décisions – c’est comme ça que le gouvernement fonctionne’, a déclaré James Slack, porte-parole de Boris Johnson, en réponse aux propos de Therese Coffey. Une intervention qui apparaît comme une tentative d’étouffer dans l’œuf une polémique naissante entre le monde politique et le milieu scientifique.

Même si l’épidémie de nouveau coronavirus semble progressivement refluer au Royaume-Uni, la tension reste vive autour dans la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement Johnson, surtout à ses débuts.

Maisons de repos

Le Premier ministre, qui a par la suite été lui-même infecté par le Covid-19, a attendu jusqu’au 23 mars pour décréter un lockdown, perdant ainsi un temps précieux selon ses détracteurs. D’autres décisions autour des tests de dépistage ou du traçage des contacts suscitent également le débat outre-Manche.

Mais c’est la situation dans les maisons de repos en particulier qui cristallise le plus de critiques. Selon des données relayées par Bloomberg, 42% des décès dus au Covid-19 en Angleterre et au Pays de Galles, au cours de la première semaine de mai, ont eu lieu dans des maisons de repos et de soins.

Martin Green, directeur général de Care England, une association représentant les prestataires de soins indépendants, s’est montré particulièrement critique vis-à-vis de la décision du gouvernement de renvoyer les patients, dont certains présentaient des symptômes de Covid-19, des hôpitaux vers les maisons de repos.

‘Nous avions une politique de vider les hôpitaux et de remplir les maisons de soins’

‘Nous avions une politique de vider les hôpitaux et de remplir les maisons de soins’, a-t-il déclaré devant la commission santé de la Chambre des Communes. ‘Nous aurions dû nous concentrer sur les maisons de soins dès le début de cette pandémie. Ce que nous avons vu au début était une concentration sur le NHS (le système de la santé publique au Royaume-Uni, NDLR) et cela a signifié que les maisons de repos se sont souvent vu retirer leur soutien médical par le NHS’.

Le ministre de la santé, Matt Hancock, a pour sa part défendu le bilan du gouvernement, soulignant que 62% des maisons de repos n’avaient pas connu de cas de coronavirus.

Prochain chapitre de la l’affrontement entre monde politique et monde scientifique: la réouverture des écoles. ‘Il est clair que la décision d’ouvrir ou non des écoles primaires est une décision politique, et non scientifique’, a d’ores et déjà fait savoir ce mardi John Edmunds, spécialiste des maladies infectieuses à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, devant la commission scientifique de la Chambre des Lords.