Un porte-avion en guise d’hôtel de luxe en mer Noire ?

Un industriel allemand envisage de racheter le Foch, un porte-avion lancé par la France en 1963. Il compte le transformer en hôtel de luxe flottant, avec un terrain de golf convertible en piste de ski. Mais la France ne voit pas cela d’un très bon œil.

La mer Noire a été le théâtre de larges déploiements de forces navales ces derniers temps. Armée russe et forces de l’Otan se sont mutuellement défiées dans une série d’exercices militaires. Mais à terme, c’est peut-être un investisseur allemand qui restera le maître des flots. Udo Stern, ex-membre du directoire de Lufthansa, envisage sérieusement de racheter un porte-avion afin de le convertir en un luxueux hôtel flottant amarré au large d’Istanbul.

Fleuron de la flotte française

Le navire en question a mené sa carrière sous pavillon français : le porte-avion Foch a été lancé en 1963 et a porté le tricolore sur toutes les mers du monde. Il a participé aux premières expérimentations nucléaires françaises dans le Pacifique en 1966, il a protégé l’accession à l’indépendance de Djibouti en 1977, et il a appuyé les déploiement français dans les Balkans dans les années 90.

En 2000, la France se sépare du vénérable navire et le revend au Brésil pour 12 millions de dollars américains. Le Foch termine sa longue carrière sous le nom de São Paulo, mais il vogue peu et se dégrade. Il subit même six incendies. Après de vagues projets de modernisation, le porte-avion est désarmé en 2018 et revendu à un ferrailleur turc pour 1,6 million de dollars. Voila la triste fin des navires de guerre.

Du golf et du ski sur la mer Noire

Mais si des anciens membres d’équipage ont bien milité pour que le navire devienne musée, c’est dans le secteur touristique que le Foch va peut-être commencer une nouvelle carrière. Udo Stern voit dans les 13.800 mètres carrés de hangar entourés de 24.000 tonnes d’acier une occasion unique pour lancer un hôtel grand luxe offshore, qu’il ferait amarrer en mer Noire, à l’abri des tempêtes. Un vrai palace flottant, qui accueillerait une salle de concert, un casino, des cinémas, des bars et des restaurants.

Mais l’investisseur allemand ne manque pas d’ambition : il imagine faire du grand pont plat un terrain de golf neuf trous. Celui-ci pourrait se dresser vers le ciel pour être converti en piste de ski alimentée à la neige artificielle durant l’hiver. Un projet véritablement pharaonique. Qu’il faudra financer. Mais l’entrepreneur allemand, aujourd’hui à la tête de Blue Star Cargo, une entreprise de fret maritime, est confiant: « Ce n’est pas une question d’argent pour nous. »

Clause spéciale

Ce qui pourrait poser problème, c’est plutôt l’avis de la France. Car quand le Foch a été revendu aux Brésiliens, une close du contrat stipulait qu’une revente ultérieure du navire ne pouvait avoir pour but que de le ferrailler. Afin de s’assurer qu’aucun État ne puisse retourner le Foch contre ses premiers employeurs. « Le contrat de vente au Brésil comporte une clause de non-exportation. Il reste sa propriété jusqu’au démantèlement et ne peut être vendu à qui que ce soit et quel que soit l’usage sans un accord de la France. D’ailleurs, à ce jour, nous n’avons reçu aucune demande » assure le ministère français des Armées.

Le Foch attend donc toujours son heure au Brésil. Car en Turquie, syndicats et édiles locaux s’inquiètent de la pollution que pourrait engendrer sa destruction. Le vieux « pont-plat » est en effet bourré d’amiante. Le vieux vaisseau de guerre sera peut-être l’objet de futures longues batailles juridiques.

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