Un ancien haut responsable russe affirme que son pays s’est tiré une balle dans le pied en matière de technologie: « Les sanctions fonctionnent »

Oleg Vyugin, ancien haut fonctionnaire du ministère des Finances et de la banque centrale de Russie, a déclaré dans une interview à Reuters mardi que le pays s’était mis en situation de désavantage technologique pendant des années à cause de la guerre en Ukraine.

Avant le début de la guerre en Ukraine, l’économie russe semblait pouvoir croître de 5 à 6% d’ici 2022. Mais en raison des sanctions occidentales prises en réponse à l’invasion, le pays est désormais confronté à une contraction d’environ 4%. « Les sanctions fonctionnent », estime M. Vyugin.

Pour lui, les sanctions ne seraient efficaces qu’à 30 ou 40% car la Russie a trouvé des moyens de les contourner. Le principal exemple est celui des énormes bénéfices tirés des exportations de gaz et de pétrole. M. Vyugin souligne toutefois que si ces derniers diminuent, le pays pourrait avoir de sérieux problèmes.

Secteur technologique

L’un des secteurs qui sera le plus durement touché par les sanctions est celui de la technologie, estime l’ancien responsable économique russe. En effet, la Russie dépend fortement des importations de produits technologiques, une faiblesse désormais exploitée par l’Occident. Par conséquent, selon M. Vyugin, le pays devra développer ses propres produits : une entreprise énorme qui lui coûtera cher.

« Le monde va avancer, mais la Russie n’utilisera que des technologies de second rang et consommera d’énormes quantités de matières premières pour recréer ce qui est déjà disponible dans le monde mais qui ne peut pas être importé », analyse-t-il. « Si la situation ne change pas, la Russie verra un déclin progressif de son niveau de développement technologique. »

Réseau mondial

La Russie essaie d’importer des pièces d’autres pays, mais ce n’est pas facile. En effet, la chaîne d’approvisionnement mondiale en pièces détachées est fortement interconnectée, et les Occidentaux – à savoir l’UE et les USA – ont généralement un rôle à y jouer.

Les États-Unis, par exemple, fabriquent des équipements clés pour la production de puces informatiques avancées, une technologie qu’ils pourraient également vouloir cesser d’exporter vers la Chine, afin de s’assurer que la production chinoise de puces ne puisse pas rapidement se renouveler. Les semi-conducteurs commençant à manquer en Russie également, il ne sera pas facile pour elle de trouver des pièces de qualité, et encore moins de les fabriquer elle-même.

D’autres secteurs commencent à ressentir un impact. En août, par exemple, il a été rapporté que les compagnies aériennes russes ont commencé à recycler des pièces d’avion pour maintenir leurs flottes dans les airs aussi longtemps que possible. C’est lié au fait que les fabricants occidentaux tels que Boeing et Airbus ont cessé de fournir des pièces à la Russie depuis mars.

(OD)

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