La guerre des puces : vers une grande alliance entre les États-Unis et les producteurs asiatiques pour contrer la Chine… Pour l’instant

Alors que l’hostilité commerciale se fait croissante dans un monde en proie aux pénuries, des alliances se tissent plus ou moins ouvertement. C’est là l’analyse du média de référence économique CNBC, qui voit les États-Unis se rapprocher des principaux pays asiatiques producteurs de puces informatiques, le Japon, Taïwan, et la Corée du Sud, en vue de mettre sur pied une grande alliance anti-chinoise.

Sécuriser leur propre approvisionnement tout en contrecarrant les plans de l’Empire du Milieu pour devenir un acteur de premier plan de la filière des microprocesseurs. Ce sont là les raisons derrière le resserrement des liens économiques entre les États-Unis et leurs partenaires asiatiques. Car les puces, en pénurie permanente depuis la vague pandémique de 2020 et toujours plus perfectionnées, deviennent de plus en plus nécessaires aux industries de pointe, des voitures électriques aux smartphones, en passant par toutes les armes modernes, des avions aux missiles en passant même par les chars d’assaut de dernière génération.

Or, l’industrie demeure très décentralisée, rappelle CNBC. ASML, basée aux Pays-Bas, est la seule entreprise au monde capable de fabriquer les machines très complexes qui sont nécessaires à la fabrication des puces les plus avancées. Quant aux fonderies de puces conçues par d’autres, elles se concentrent à 80% à Taïwan et en Corée du Sud. Au cours des 15 dernières années environ, le taïwanais TSMC et le coréen Samsung ont fini par dominer la fabrication des semi-conducteurs les plus avancés du monde. Intel, le plus grand fabricant de puces des États-Unis, est resté loin derrière.

Un enjeu stratégique

« Que se passe-t-il si une entreprise ne fournit pas ce dont vous avez besoin ? Et si l’un des pays plaçait des programmes d’espionnage sur les puces ? Ces éléments en font donc un outil géopolitique », a déclaré auprès du média économique Pranay Kotasthane, président du programme de géopolitique de haute technologie de l’institution Takshashila. « Et comme les tensions entre la Chine et Taïwan se sont accrues, comme une grande partie de la fabrication se fait à Taïwan, que se passerait-il si la Chine devait occuper le territoire ou même simplement s’il y a des tensions entre les deux pays ? »

La solution est simple : pour les Américains et leurs alliés, il faut renforcer leurs propres partenariats et isoler la Chine dès maintenant. Ce pays tente depuis des années d’améliorer les microprocesseurs qu’il fabrique à domicile, alors qu’il est très dépendant de la filière taïwanaise. Avec toutes les suppositions d’espionnage industriel que l’on peut donc imaginer. Or les USA sont engagés dans un bras de fer économique durable avec la Chine ; leur couper l’accès à ces éléments essentiels pour toutes les nouvelles technologies parait donc une stratégie logique.

Le « talon d’Achille » de la Chine

Selon Kotasthane, la fabrication est le « talon d’Achille » de la Chine. Le plus grand fabricant de puces sous contrat en Chine, SMIC, demeure très en retard sur celle de TSMC et Samsung. « Cela nécessite une collaboration internationale importante qui, à mon avis, pose un gros problème à la Chine en raison de la façon dont elle s’est mise à dos ses voisins. Ce que la Chine pouvait faire trois ou quatre ans plus tôt en termes de collaboration internationale ne sera plus possible. »

De quoi empêcher la Chine d’accéder au rang de productrice autonome de puces de pointes ? C’est probable. Du moins tant que cette alliance commerciale et stratégique exclusive tient le coup. Des désaccords naissent entre Séoul et Washington qui, de facto, veut réguler les exportations les plus rentables de ses alliés. Ahn Duk-geun, le ministre sud-coréen du Commerce, a déclaré récemment au Financial Times que l’industrie des microprocesseurs de son pays s’inquiétait beaucoup de ces entraves commerciales. Quant à la Chine elle-même, elle en appelle à l’Organisation mondiale du Commerce. Situation paradoxale où les États-Unis se livrent sans vergogne à l’interventionnisme tandis qu’un pays communiste invoque le libre-échange.

La Chine reste un marché incontournable. Or, selon les analystes économiques, de telles ingérences politiques sur le marché ne feront, à terme, du bien à personne et brimeront l’innovation dans un secteur essentiel.

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