Le plan de l’UE en faveur de l’agriculture biologique va-t-il en fait accroître la déforestation ?

L’Union européenne (UE), dans le cadre du « Green Deal » européen, souhaite qu’au moins 25 % de l’ensemble de la production agricole soit biologique d’ici 2030. Toutefois, cela peut signifier qu’il faut défricher beaucoup plus de nouvelles terres agricoles.

Pourquoi est-ce important ?

L'UE veut déployer une quantité massive de ressources pour lutter contre le changement climatique. Toutefois, il n'est pas certain que toutes ces mesures aient l'effet escompté.

L’essentiel : pour atteindre l’objectif de l’agriculture biologique, l’Europe devrait libérer 100.000 à 200.000 kilomètres carrés de terres agricoles supplémentaires.

  • L’écologiste Joel Scott-Halkes a partagé ses calculs sur Twitter. Une culture biologique moyenne produirait 35 % de nourriture en moins par hectare de terre, par rapport aux méthodes de culture conventionnelles.
  • Il a basé ses calculs sur une étude publiée en 2019 par l’agronome suédois Holger Kirchmann. D’autres études consultées par Business AM étaient moins pessimistes, parlant d’une réduction de 20 à 30 %.
  • En d’autres termes, il faut 25 à 50 % de terres agricoles en plus pour obtenir le même rendement de manière biologique, par rapport aux méthodes traditionnelles.
  • Selon M. Scott-Halkes, une étude publiée l’année dernière par l’université de Cambridge montre que cela pourrait avoir l’effet inverse sur le climat. Après tout, plus les activités agricoles seraient concentrées, moins il faudrait de terres agricoles, plus la nature aurait de l’espace pour suivre son libre cours.

Les implications : Si le plan de l’UE est suivi, l’empreinte agricole de l’Europe pourrait augmenter de 6,75 à 13,5 %.

  • Scott-Halkes, dans l’hypothèse d’une réduction de 35 %, a calculé que l’UE aura besoin de 204.620 kilomètres carrés supplémentaires de terres agricoles si la demande reste inchangée. Même avec un calcul optimiste, il faudrait ajouter au moins 100.000 kilomètres carrés.
  • En comparaison, la Belgique a une superficie de 30.688 kilomètres carrés. 
  • Tout ce territoire devrait donc être déboisé pour répondre aux nouvelles normes européennes. Selon M. Scott-Halkes, cela ne se ferait probablement pas en Europe même, mais l’agriculture biologique serait externalisée dans des pays comme le Brésil.

La pointe de l’iceberg ?

  • Pire encore : les calculs de Scott-Halkes ne tiennent pas compte d’un certain nombre de facteurs, qui pourraient rendre l’impact encore plus important.
  • Premièrement, elle suppose que la demande de produits agricoles n’augmentera pas. Or, les Européens consomment de plus en plus de calories, alors que la population continue de croître (même si la croissance a considérablement ralenti et pourrait même s’inverser d’ici quelques années).
  • Selon le journaliste agricole néerlandais Joost Van Kasteren, répondant sur Twitter aux tweets de Scott-Halkes, ce dernier ne tient pas non plus compte de la quantité de terres nécessaires à la production d’engrais. M. Van Kasteren affirme qu’il faut sept fois plus de terres pour cela.

Mais : Certains scientifiques sont toutefois convaincus que l’innovation technologique rendra l’agriculture biologique aussi efficace que les méthodes traditionnelles à l’avenir. En outre, la réduction de l’utilisation des pesticides augmenterait en fait la biodiversité, malgré la plus grande surface de terre nécessaire à l’agriculture biologique.

MB

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