‘Travailler à distance crée une forme de « distance sociale » dont nous n’avons pas besoin’

Alain Dehaze, Chief Executive Officer Adecco Group. (EPA/LAURENT GILLIERON)

Le coronavirus a forcé des millions d’employés de bureau à poursuivre leurs activités depuis leur domicile au cours des derniers mois. C’est également le cas d’Alain Dehaze, CEO d’Adecco depuis 2015. Dans une interview accordée au Wall Street Journal, il fait part de ses réserves concernant les avantages souvent loués du télétravail.

‘Le télétravail crée malheureusement également une forme de ‘distance sociale’, et nous n’avons pas besoin de cela’, estime-t-il en effet.

La crise du coronavirus a accéléré la numérisation de la société. Noël est arrivé à Pâques cette année, selon M. Dehaze, car Adecco a récemment recruté 16.000 personnes pour l’un de ses clients actif dans l’e-commerce. ‘Tout en numérique. Il n’y a eu aucun contact physique.’

Alain Dehaze voit bien sûr des aspects positifs dans le télétravail. ‘Il n’y a pas de déplacements, ce qui permet d’économiser du temps et de l’argent. Mais pour d’autres aspects, c’est un cauchemar. Il y a la qualité de l’infrastructure de la bande passante, des ordinateurs ou encore la séparation entre le travail et la vie privée’. Mais c’est surtout la distance physique qui inquiète le CEO d’Adecco, car celle-ci compromet la culture d’entreprise.

‘Lorsque vous êtes avec des collègues, beaucoup de choses sont partagées. Des valeurs et du sens sont cultivés. On se met sur la même longueur d’onde. Je ne vois pas comment on pourrait développer cela en étant seul en permanence.’

‘Le télétravail bénéficie d’un capital social déjà constitué’

La même remarque a été formulée le mois dernier par Paco Ybarra, le patron de la branche banque d’investissement de Citigroup. Dans une interview au Financial Times, Ybarra a expliqué que ‘les banques peuvent tirer le meilleur parti du télétravail grâce au ‘capital social qui s’est constitué plus tôt’, lorsque les gens pouvaient encore se rencontrer physiquement.’

Il a souligné ‘les avantages des tâches apprises au bureau et des relations personnelles qui ont pu s’établir lorsque les gens étaient en contact les uns avec les autres’.

‘Mais à un moment donné, ce capital social disparaîtra et les problèmes surgiront’, concluait-il.