Travailler 4 jours, et être payé pour 5: l’Espagne en a fait une réalité

(Ricardo Rubio / Europa/ Isopix)

L’Espagne expérimente la réduction d’un jour de travail par semaine, dans ce qui s’apparente à une première en Europe. Le projet pilote, d’une durée de trois ans, utilisera 50 millions d’euros provenant du vaste fonds de relance de l’UE. Environ 200 entreprises de taille moyenne recevront une compensation pour l’adaptation de leurs effectifs. La réorganisation des flux de production en vue de s’adapter à la semaine des 32 heures sera également compensée.

Les fonds seront utilisés pour subventionner tous les coûts supplémentaires encourus par les employeurs au cours de la première année de l’expérience. Par la suite, l’aide gouvernementale sera réduite chaque année à 50%, puis à 25%. Le tout selon un plan élaboré par le parti progressiste Más País, qui est à la base de cette initiative. La seule condition est que l’ajustement conduise à une réduction nette réelle du nombre d’heures de travail, tout en maintenant les salaires des contrats à temps plein.

‘Il ne s’agit pas d’utiliser les fonds européens pour que les Espagnols travaillent moins, mais de voir comment nous pouvons améliorer la productivité et la compétitivité de nos entreprises’, a déclaré Héctor Tejero de Más País.

Les arguments en faveur de la transition peuvent également se traduire par des avantages pour l’économie dans son ensemble. Une transition massive vers un week-end de trois jours entraînerait une augmentation de la consommation. En particulier dans les secteurs du divertissement et du tourisme, qui constituent l’épine dorsale de l’économie espagnole.

La réduction de la semaine de travail de 40 à 35 heures en 2017 aurait entraîné une croissance de 1,5% du PIB et la création de 560.000 nouveaux emplois, selon une étude publiée au début de l’année par le Cambridge Journal of Economics. Les salaires au niveau national auraient également augmenté de 3,7%. Toujours d’après cette étude, cela aurait particulièrement profité aux femmes, qui sont plus susceptibles d’accepter des emplois à temps partiel.

Une économie frappée par la pandémie n’est pas le meilleur scénario pour les expérimentations

Toutefois, les critiques estiment qu’une économie en proie à une pandémie n’est pas le meilleur scénario pour une expérimentation. Le PIB espagnol a reculé de 10,8% l’année dernière, soit la plus forte baisse depuis la guerre civile de 1930. L’Espagne a subi des lockdowns répétés et un arrêt presque total des voyages internationaux. Certains experts estiment que la priorité devrait être de s’attaquer au dysfonctionnement du marché du travail du pays, dont le taux de chômage est l’un des plus élevés d’Europe. À cet égard, beaucoup parlent d’une économie ‘Ryanair’, caractérisée par des emplois précaires et des bas salaires.

Carlos Victoria, de l’ESADE Business School, met également en garde contre l’approche généraliste de la proposition. ‘Il existe probablement des secteurs ou des domaines économiques dans lesquels une réduction du temps de travail n’entraînera pas nécessairement des gains de productivité’, avance le chercheur en politique économique.

Mais Más País soutient qu’il est préférable d’essayer d’abord et de décider ensuite comment étendre le système – ou de l’appliquer tout court. Pourtant, tous les syndicats ne soutiennent pas pleinement le plan. Et les conservateurs adoptent également une position défensive. Quant à la CEOE, principale organisation patronale espagnole, elle a réagi de manière mitigée au projet.

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