Trafic d’organes : rencontre du désespoir et d’une impitoyable cupidité

Dans Bloomberg, Michael Smith relate l’enquête coup de poing qu’il a menée en Amérique du Sud au confluent de deux désespoirs : celui des malades aisés prêts à n’importe quoi pour améliorer leur santé, et celui des pauvres qui sacrifient la leur pour sortir de leur condition.

Il évoque le cas de Luis Picado, un jeune homme nicaraguayen de 23 ans qui a rencontré un Américain qui lui a promis de le faire entrer aux Etats Unis, et de lui trouver un travail et un appartement à New York, s’il lui faisait don d’un rein. Ce jeune homme est mort d’une hémorragie interne à la suite de son opération. Le receveur est décédé deux mois plus tard des suites du rejet du greffon par son organisme dans le même hôpital.

Vilma Bramon est une Péruvienne qui vit dans un bidonville de Lima sans eau courante. En 2008, elle vend l’un de ses reins à un Espagnol pour la somme de 6 000 dollars grâce à l’entremise d’un chauffeur de taxi, Peraldo. Immédiatement après son opération, elle est saisie de douleurs abominables qui n’ont jamais plus cessé. Un chirurgien de Lima lui a expliqué que ces maux atroces étaient liés à une incision bâclée lors du prélèvement de son rein, et qu’elle était condamnée à souffrir pour le restant de ses jours.

Le trafic d’organes, pourtant illicite partout, sauf en Iran, est devenu le côté noir du tourisme médical, qui a pesé 100 milliards de dollars de chiffre d’affaire dans le monde en 2010, selon les estimations de Deloitte Touche Tohmatsu. La demande globale d’organes est en effet bien supérieure à l’offre : aux Etats Unis, il y aurait 110 693 personnes sur des listes d’attente contre moins de 15 000 donneurs trouvés chaque année. Une société de Tempe, en Arizona, MedToGo LLC, propose ainsi des transplantations de reins réalisées au Mexique et au Costa Rica pour 50 000 dollars, 1/5ème de ce qu’il en coûte aux Etats Unis. Certains receveurs payent jusqu’à 150 000 dollars, et à l’autre bout de la chaine, les donneurs reçoivent en général moins de 10 000 dollars.

Chaque année, environ 5000 personnes, souvent condamnées par leur maladie, en payent d’autres pour obtenir le don d’un organe, s’exposant à contracter le HIV, ou d’autres maladies redoutables, et posant un problème de santé publique à leur retour. Ils engraissent toute une chaine de cliniques complaisantes, de chirurgiens, d’infirmières et d’entremetteurs, que seul l’argent intéresse.

En Colombie, 321 étrangers auraient bénéficié de greffes entre 2005 et 2010, selon l’institut national de santé colombien. Au Pérou, 61 cas de dons d’organes douteux font l’objet d’enquêtes très difficiles à faire aboutir, car la plupart du temps, les donneurs sont forcés de signer des déclarations certifiant la gratuité de leur don, pour recevoir leur argent.

 

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