Et si la fusion d’Ethereum faisait fondre tous ses atouts ?

La transition écologique de la deuxième plus importante blockchain au monde, The Merge, risque d’amalgamer Ethereum aux centaines d’autres plateformes de smart contracts, alerte Keeex, l’entreprise crypto experte en confiance numérique.

Fusion ou dissolution ? , s’interroge Laurent Henocque. Le fondateur et CEO de Keeex, l’entreprise française pionnière de la blockchain et spécialisée en authentification et traçabilité numériques, examine les enjeux de The Merge, la transformation fondamentale d’Ethereum programmée pour le 19 septembre prochain.

Il s’agira effectivement de la fusion de la blockchain principale, fonctionnant en PoW (proof-of-work, preuve de travail), avec la Beacon Chain, un réseau PoS (proof-of-stake, preuve de participation). Autrement dit, Beacon deviendra le moteur de consensus pour toutes les données d’Ethereum, pour la production de blocs. Le minage énergivore ne sera plus le moyen de produire des blocs valides. Ce sont les validateurs qui assumeront le fonctionnement en « stakant », en plaçant en dépôt leurs cryptomonnaies (ETH). « La fusion réduira la consommation d’énergie d’Ethereum de ~99,95% », revendique ethereum.org.

Impact à géométrie variable

Partant de cette énorme réduction énergétique « à nombre de nœuds constant » fallait-il préciser, le CEO de Keeex accorde également le bénéfice de mettre fin à un « gâchis de hardware colossal, Ethereum étant actuellement miné en PoW par des cartes graphiques chères et rendues rares par cette hyper-consommation. »

Toutefois, si l’on prend un peu de recul sur cette question énergétique, après The Merge, fait valoir Laurent Henocque, Ethereum allongera la liste des blockchains à smart contracts en PoS, comptant déjà plus de 250 plateformes « aux fonctionnalités essentiellement comparables, la plupart proposant de coder ces contrats dans le langage Solidity inventé par Ethereum. »

Quid de la consommation cumulée de la blockchain créée par Vitalik Buterin ajoutée à celle des centaines de copy-cats ?

Une blockchain parmi tant d’autres

Après fusion, Ethereum risquerait donc de s’amalgamer à la pléthore de blockchains comparables. Surtout que le code open source fourni se retrouve déjà massivement réutilisé.

« Il n’y aura plus aucun différenciant technologique majeur en faveur de Ethereum, la blockchain devenant clonable à l’infini pour un investissement nul, ce que font nombre d’industriels », estime le fondateur de Keeex, mettant en doute la prédominance du réseau sur un marché ou sa réplication ne demande « que de faire tourner quelques serveurs ».

Par ailleurs, avec la disparition de leur activité suite à The Merge, des mineurs d’Ethereum pourraient être tentés de rejoindre une version PoW subsistante, Ethereum Classic (née du DAO fork en 2016). Cette blockchain et son token, l’ETC, ayant justement connu un regain de popularité.

« Rien n’interdit dès lors de penser qu’à l’issue de The Merge, des mineurs décident de poursuivre l’opération de la chaîne Ethereum historique en PoW », épingle Laurent Henocque en imaginant un nouveau fork. « Ces deux blockchains resteraient celles dont le coût d’entrée à la réplication est considérable, ce qui pour une part en garantit ‘l’unicité’. »

Problème de ressources

Après la fusion, les serveurs d’Ethereum qui proposeront des blocs, les nœuds de validation, requerront l’engagement de ressources économiques, le staking (immobilisation) sur la chaîne Beacon. Les ETH y sont « stakés » en échange de la possibilité de proposer le bloc suivant et d’occasionnellement gagner des récompenses.

Il convient de noter que les retraits des ETH stakés ne seront pas encore activés après The Merge mais devraient l’être lors de la mise à jour suivante, Shanghai. Cela signifie que les cryptos resteront bloquées et illiquides pendant au moins 6 à 12 mois.

« Immobiliser une cryptomonnaie pour participer au minage délégué constitue un risque en cas d’accident, difficulté voire impossibilité d’une réaction rapide et risque de perte totale », s’inquiète le CEO de Keeex.

Le bal des chocs de liquidités cette année, ouvert en mai par la chute de l’écosystème Terra/UST et suivi chaque semaine par des cas d’insolvabilité d’acteurs cryptos, donne le tournis à l’idée qu’Ethereum puisse y participer après sa grande mise à jour.

« Une situation de décollecte durable ne serait pas la cause d’une disparition d’Ethereum, mais d’une concentration du pouvoir de miner aux mains d’un petit nombre, ce qui détruirait plus encore la proposition de valeur d’une gouvernance ‘décentralisée’ », observe le fondateur de Keeex.

* Photo de Laurent Henocque capturée dans la vidéo de son interview lors de la Cloud Week (YouTube).

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