Beaucoup trop nombreux, beaucoup trop chers : les terminaux GNL allemands vivement critiqués

Une nouvelle étude vient questionner l’utilité des terminaux GNL que l’Allemagne installe. 11 sont prévus, mais trois d’entre eux, les plus importants, seraient complètement superflus. Les autres seraient utiles un temps, mais à termes, il y aurait une importante surcapacité. Ils pousseraient aussi le pays à continuer à émettre du CO2, plus longtemps que ce qui était initialement prévu.

Pourquoi est-ce important ?

L'Allemagne est le pays le plus lourdement touché par les livraisons réduites de gaz russe. Avant la guerre, Berlin importait environ la moitié de ses besoins en gaz depuis la Russie, principalement via Nord Stream, gazoduc direct entre les deux pays, sous la mer baltique (aujourd'hui complètement à l'arrêt et endommagé). Dès l'invasion, le pays s'est rapidement mis comme objectif de construire des terminaux pour recevoir du gaz naturel liquéfié.

Les faits : 11 terminaux GNL d’ici 2026.

  • Pour faire face à la crise d’approvisionnement de gaz, l’Allemagne a décidé de construire huit terminaux de GNL flottants, et trois terminaux fixes (l’Etat fédéral est partie prenante sur respectivement six et deux terminaux). Les terminaux flottants sont des infrastructures installées sur des bateaux qui reçoivent les cargaisons des méthaniers (gaz liquide) et le retransforment à l’état gazeux pour l’injecter dans le réseau de distribution.
  • Un premier est a vu sa construction se terminer mi-novembre. Deux ou trois terminaux (dont ce premier) pourraient encore être connectés au réseau cette année, et trois autres en 2023. Les trois terminaux fixes entreront en service en 2025 et 2026, avec une durée de vie de vingt ans. Les terminaux fixes auront une capacité totale de 43 milliards de mètres cubes de gaz transformé par an, soit un peu moins que les terminaux flottants (49 milliards).
  • Rien que pour les terminaux flottants, le coût est estimé à 6,5 milliards d’euros. Le double de ce qui était prévu plus tôt. Rien que les navires de regazéfication demandent un loyer de 200.000 euros tous les jours. Pour les terminaux fixes, la construction est évaluée à un milliard d’euros l’unité, pour l’instant.
  • Que l’Allemagne arrive à si rapidement mettre en place un terminal a été vu comme un exploit, même si les méthodes peuvent être vues comme borderline. Ces terminaux seront en tout cas une aide précieuse pour l’année prochaine, quand le pays devra re-remplir ses réserves de gaz (sans le gaz russe, sur lequel il pouvait encore compter en début d’année 2021). Dans ce sens, Berlin vient par exemple de signer un accord de livraison sur quinze ans avec le Qatar (2026-2041).

L’essentiel : beaucoup trop.

  • Or, il s’avère désormais que le pays avait les yeux plus grands que le ventre. Selon une étude du New Climate Institute de l’université de Wagingen, les trois terminaux fixes ne seront jamais nécessaires. C’est ce qu’ils écrivent dans un rapport consulté par Die Zeit.
  • Les chercheurs se basent sur les estimations de la consommation de gaz dans les années à venir. Selon une loi sur la protection du climat ratifiée en 2021, l’Allemagne devra être neutre en carbone en 2045, c’est-à-dire qu’il ne devra plus y avoir d’émissions de CO2. La consommation de gaz devra donc progressivement chuter, et de manière plus rapide en 2030.
  • Constat : les importations depuis l’étranger (Benelux, Norvège et France) seront amplement suffisantes dès 2034. Année où les terminaux flottants seront superflus, (et d’ici-là ils seront en forte surcapacité par rapport à la demande), comme le montre ce graphique (en ligne pointillé la consommation, en bleu clair les terminaux fixes, en bleu foncé les terminaux flottants, en orange les importations de l’étranger).
Capture d’écran : Die Zeit.
  • « Même dans le cas improbable où les importations de production néerlandaise et de GNL via les Pays-Bas, la Belgique et la France seraient totalement absentes, où la production nationale serait complètement réduite et où l’on ne pourrait avoir recours qu’aux importations norvégiennes, les terminaux flottants prévus suffiraient à combler le déficit. Dans ce cas également, les terminaux fixes ne seraient que des ‘réserves’ « , estiment les chercheurs. Ils s’attendent d’ailleurs à une augmentation de production aux Pays-Bas.
  • Une nuance : Pour Georg Zachmann, du think tank Bruegel, de la surcapacité est nécessaire, pour « éviter que la disparition d’une source d’approvisionnement puisse avoir des conséquences dramatiques ». De plus, ce gaz continue vers l’étranger, comme l’Autriche ou encore l’Ukraine, explique-t-il à Zeit.

Le détail : contraire aux lois sur le climat ?

  • Pour le New Climate Institute, l’Allemange enfreint ainsi ses propres lois et les lois internationales comme les accords de Paris. Une fois que les terminaux sont installés, même s’ils sont (en partie) superflus, ils devront être utilisés pour être rentabilisés, craint l’institut. L’image de l’Allemagne, sur la scène internationale, lorsqu’elle demandera à d’autres pays de réduire ses émissions, sera écornée par ces terminaux et la prolifération des émissions qui en découle, avertissent les chercheurs. Une critique qui n’est pas nouvelle, cela dit.
  • Cependant, d’autres voix se sont déjà élevés quant à l’utilisation future de ces terminaux. Ils peuvent (en partie) être utilisés pour importer de l’hydrogène et de l’ammoniac. C’est d’ailleurs déjà prévu pour les terminaux de Wilhemshaven, sur la mer du Nord.
    • Mais pour l’hydrogène, il reste encore des inconnues. Notamment son transport sous forme liquide : il y a eu un seul test, qui a été abandonné, sans trop d’explications. Le transport serait aussi le moment où le plus d’hydrogène s’échappe, ce qui contribue au réchauffement climatique. Même la capacité des terminaux GNL à recevoir et remettre en état gazeux de l’hydrogène n’est pas certaine.
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