En Suisse, l’achat du F-35 sera soumis au vote populaire, tandis qu’en Belgique la facture de l’avion de chasse s’alourdit encore

L’Europe se réarme depuis le retour de la guerre ouverte sur le continent, et même la Suisse suit le mouvement. Le gouvernement helvétique envisage d’acquérir un nouvel avion de combat, comme d’ailleurs de nombreux pays européens, dont l’Allemagne, la Grèce, ou la Belgique. Et comme eux, son choix a porté sur le F-35 de Lockheed Martin, le fameux chasseur-bombardier américain de 5e génération. Sauf qu’en Suisse, la démocratie est prise très au sérieux.

La décision d’acquérir un nouvel appareil pour la force aérienne avait déjà fait l’objet d’une consultation populaire en 2020, durant laquelle les Suisses avaient approuvé de justesse une enveloppe de 6 milliards de francs (5,6 milliards d’euros). Voici qu’un second vote risque bien d’être organisé, cette fois pour le choix de l’appareil.

Un avion oui, mais pas celui-là

Car si le F-35 avait la faveur du gouvernement de Berne par rapport aux autres candidats en lice (comme toujours : le Rafale français, l’Eurofighter de l’UE, et le F/A-18 Hornet américain), ce n’est pas forcément le cas de tout le monde. L’alliance de gauche Stop-F35 vient de déposer auprès de la Chancellerie fédérale les 100.000 signatures nécessaires afin d’enclencher le processus d’organisation d’un vote populaire sur le sujet. Si, après vérification, la pétition est bien valide, alors les Suisses voteront s’ils désirent, ou non, que leur force aérienne adopte le F-35.

« Avec cette initiative, seule la question du type d’avion est en cause. Si la Suisse se décide pour un autre jet, l’initiative sera retirée » précise toutefois l’alliance Stop-F35. Le vote précédent n’est donc pas remis en question. Le chasseur-bombardier a en effet attiré les suspicions de nombreux analystes tant, aux États-Unis, il a accumulé de dépassements budgétaires à chaque petit défaut technique à corriger. Ce genre d’application de la démocratie directe sur des sujets de défense laisse songeur, en particulier depuis des pays où le choix du F-35 pose question depuis des années sans que jamais il n’y eut vraiment de débat public. Et il n’est pas exclu que les doutes suisses aient pour source les mésaventures d’autres pays.

Une facture qui continue de grimper

Comme, au hasard, la Belgique : depuis 2018, le gouvernement belge de l’époque a confirmé l’achat de 34 chasseurs-bombardiers F-35A pour un montant estimé à 3,8 milliards d’euros. Sauf que pour accueillir le nouvel avion, il fallait rénover l’infrastructure de la composante aérienne. Des travaux de modernisation estimés premièrement à 300 millions supplémentaires. Et dont le montant a depuis doublé, avec 600 millions approuvés en avril dernier pour moderniser les bases de Florennes et de Kleine-Brogel, dans le cadre d’un partenariat « public/privé » d’une durée de dix ans.

Et comme si ça ne suffisait pas, De Morgen révélait en juin dernier que les retombées économiques de l’investissement dans le F-35 seraient en fait bien moindres que ce qui était espéré. Le F-35 avait jusqu’à présent rapporté 700 millions d’euros de retour économique aux entreprises belges, chargées par exemple de la conception de pièces de rechange. Soit moins de 20% des 3,69 milliards d’euros promis par l’ancien ministre de l’Économie Kris Peeters pour faire passer la pilule d’un tel achat.

La peur fait vendre

Il est vrai toutefois que, en termes de défense, l’UE – et ses voisins, même les neutres – gagnent à harmoniser leur matériel afin de rendre la coopération plus aisée. Il n’empêche, le choix du F-35 par de nombreux états-majors de l’Union tient peut-être plus du fait que cet avion pensé pour l’export est promis rapidement disponible. L’urgence de la situation aux frontières orientales de l’Union semble avoir fait mettre de côté un peu rapidement des engins certes moins récents, mais plus éprouvés – et au final, sans doute meilleur marché.

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