Les consommateurs dupés? “Made in China” est souvent “Made in North Korea”

De nombreuses entreprises chinoises sous-traitent leur production de textile en Corée du Nord, à l’insu de leurs donneurs d’ordres occidentaux. Comme toutes les usines nord-coréennes appartiennent au gouvernement, cela implique que les consommateurs occidentaux soutiennent sans le savoir le régime communiste.

Une grande partie des vêtements et chaussures vendus en Belgique sont produits en Chine, vous pouvez le constater vous-même en examinant les étiquettes. Mais d’après une enquête menée par Reuters, les fabricants de textile chinois font de plus en plus appel à des usines basées en Corée du Nord, simplement parce que la main d’oeuvre y est beaucoup moins chère.

D’ailleurs, les autorités chinoises ont annoncé le mois dernier que leurs échanges commerciaux avec la Corée du Nord avaient augmenté de 10,5 %. Au premier semestre 2017, les exportations chinoises (majoritairement de textile) vers la Corée du Nord ont ainsi augmenté de près de 30 %, pour s’élever à 1,67 milliard de dollars (1,43 milliard d’euros), précise à Reuters Huang Songping, la porte-parole des douanes chinoises. Et ce qui est majoritairement exporté est du tissu ainsi que des matériaux nécessaires à la confection des vêtements dont les usines nord-coréennes assurent la fabrication.

Des ouvriers qui ont une autre motivation que l’argent

« Les Nord-Coréens ne sont pas comme les ouvriers d’usines chinoises qui travaillent uniquement pour l’argent. Ils travaillent pour leur pays et leur dirigeant », raconte un courtier à Reuters. Cette motivation, plus forte que l’argent, les conduirait même à produire « 30 % de vêtements de plus que les travailleurs chinois » par jour, poursuit le courtier. Par exemple, ils n’osent pas aller aux toilettes, de peur de freiner la chaîne de production.

Les ouvriers nord-coréens sont donc nettement moins bien payés que dans d’autres pays asiatiques, puisqu’ils perçoivent 160 dollars en moyenne par mois (environ 137 euros). Les salaires moyens en Chine sont quant à eux de 450 à 750 dollars par mois (384 à 641 euros). En outre, les Nord-Coréens ne perçoivent qu’un tiers de leur salaire, le reste étant reversé à l’État.

Hors des sanctions de l’ONU

« Nos commandes viennent de partout dans le monde », déclare un autre homme d’affaires de Dandong, la ville chinoise frontalière où transite la majorité du commerce avec la Corée du Nord. Des dizaines de courtiers en textile y servent d’intermédiaires entre les fournisseurs et les acheteurs venant des États-Unis, d’Europe, du Japon, de la Corée du Sud, du Canada ou encore de Russie.

En tout, il y aurait une quinzaine de grandes entreprises nord-coréennes exportatrices de vêtements, chacune exploitant plusieurs usines réparties dans le pays, et des dizaines d’entreprises de taille moyenne, selon GPI Consultancy of the Netherlands, société qui aide les entreprises étrangères à faire du business en Corée du Nord.

Encore récemment, l’Organisation des Nations unies (ONU) a durci les sanctions envers la Corée du Nord, mais ces dernières ne concernent pas le textile. Ce secteur représentait d’ailleurs en 2016 le second plus grand poste d’exportations du régime, après le charbon et d’autres minéraux, selon les données de la Korea Trade-Investment Promotion Agency (KOTRA).