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Un parfum de 2008 : l’effondrement de Silicon Valley Bank est-il un risque pour le système financier ?

Un parfum de 2008 : l’effondrement de Silicon Valley Bank est-il un risque pour le système financier ?
(Photo by Justin Sullivan/Getty Images)

Premier effondrement bancaire d’une telle ampleur depuis la crise de 2008. Quels sont les risques de l’implosion de Silicon Valley Bank pour le système financier américain et mondial ?

Pourquoi est-ce important ?

La Fed y est-elle pour quelque chose ? Les taux d'intérêt sont certainement un des clous dans le cercueil de la Silicon Valley Bank. Les risques de contagion semblent limités aujourd'hui, mais l'effet des taux d'intérêt plus élevés sur le système financier n'est pas encore entièrement connu.

Dans l’actu : l’effondrement de Silicon Valley Bank (SVB), derniers rebondissements.

  • La banque américaine Silicon Valley, défaillante, à la recherche de fonds et victime d’un bank run a été fermée par les autorités californiennes, ce vendredi après-midi. Un administrateur judiciaire a été nommé : il s’agit de la Deposit Insurance National Bank of Santa Clara.
  • Un scénario qui bien sûr ne va pas sans rappeler la crise financière de 2008. De nombreuses comparaisons sont déjà faites par les observateurs : il s’agirait de l’effondrement d’une banque le plus important depuis cette fameuse crise.
  • La crise de 2008 était caractérisée par un effet de domino : Bear Stearns était la première banque à tomber, puis de nombreuses autres pièces ont suivi (notamment Lehman Brothers, le nom le plus connu), jusqu’en Europe. Un élément qui avait provoqué cet enchaînement était la crise des subprimes : des prêts hypothécaires donnés à bas prix, sans grandement vérifier la solvabilité des personnes. Quand cette bulle a éclaté, tout le marché immobilier a implosé aussi.

Le détail : baisse des cours des banques.

  • La nouvelle de cet effondrement a poussé les actions des autres banques vers le bas. Les six grandes banques américaines ont perdu entre 4 et 7% jeudi. Ce vendredi, les banques européennes ont perdu du terrain, dans le même ordre de grandeur.
    • Une baisse provoquée par une peur de contagion et d’autres effets secondaires de l’effondrement de SVB.

La chute de SVB peut-elle provoquer le même enchaînement ?

L’essentiel : les risques pour le système financier semblent assez limités.

  • Cet effondrement serait lié à un secteur en particulier. Comme son nom l’indique, la Silicon Valley est la banque de : la Silicon Valley, la région en Californie qui a vu naître les Big Tech et autres start-ups, souvent technologiques. La tech est normalement synonyme de forte croissance. Mais en 2022, avec la hausse des taux d’intérêt, les revenus ont ralenti, tout comme les investissements. Ce qui a bien sûr impacté cette banque.
    • C’est ce qu’affirme Jonas Goltermann, spécialiste chez Capital Economics, auprès de CNN Business. Il précise que d’autres banques ont moins de soucis, car elles sont plus « diversifiées ».
  • Jens Hagendorff, professeur de finance au King’s College de Londres, se veut rassurant aussi. « Dans l’ensemble, le système bancaire est en bonne santé et capable de résister à des chocs importants. Je pense que SVB est spéciale dans le sens où elle a une base de déposants inconstante », explique-t-il à CNN.
  • Mohamed El-Erian, célèbre économiste et président du Queen’s College de l’Université de Cambridge, écrit sur Twitter que le système bancaire américain est « solide ». « Le risque de contagion et la menace systémique peuvent être facilement contenus par une gestion prudente des bilans et en évitant d’autres erreurs de politique (monétaire, NDLR) ».
  • Autre différence avec 2008 : depuis, il y a beaucoup plus de règles que les banques doivent observer, en matière de gouvernance, de garanties, de fonds.

Les risques : les banques locales et… les taux d’intérêt

Zoom avant : les victimes potentielles.

  • Alors que les cours des grandes banques américaines se sont calmées à la bourse ce vendredi (et repartent même à la hausse), les petites banques locales continuent leur chute. PacWest Bancorp a perdu près de 40% sur la journée de vendredi. First Republic perdait plus de 30% en début de journée, mais sa chute s’est finalement limitée à 15%.
    • Un ETF spécialisé sur les banques régionales aux États-Unis (SPDR S&P Regional Banking ETF) est aussi en baisse sur la journée, de près de 5%.
    • Ce qui veut dire que les investisseurs sont moins confiants pour ces banques. Si nombre d’entre elles venait à s’effondrer, les nuages sur le système financier américain (et mondial) s’assombriraient fortement et rapidement, cela dit.

L’inconnue : les effets des taux d’intérêt.

  • Pour combattre l’inflation, les banques centrales augmentent les taux d’intérêt. La Fed des États-Unis a augmenté ses taux directeurs de près de 5% en un an, après une longue période d’argent « gratuit ». Cette hausse était une de plus rapides de son histoire.
  • La différence entre les taux a un impact sur les banques. L’argent qu’elles ont emprunté à la Fed pour le donner à leurs clients, sous forme de prêt, elles doivent le rembourser. Sauf qu’entre-temps, les taux ont augmenté, et elles doivent rembourser plus d’argent, en résumé.
    • Les clients aussi doivent rembourser plus aux banques – s’ils font défaut (dans un contexte de récession, par exemple), les banques sont mises à rude épreuve.
  • Et on le sait, l’effet des taux d’intérêt plus élevés ne se montre que plus tard. Sur le marché du travail, il n’a par exemple pas encore fait effet. Pourrait-il y avoir une surprise du côté du monde financier ? Cela reste pour l’heure une des inconnues de la politique monétaire et de cette hausse des taux rapide, plus observée depuis au moins les années 80.
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