La nouvelle arme du Royaume-Uni pour combattre la crise : une réduction d’impôts pour les plus riches

Pour relancer sa machine économique, le Royaume-Uni compte sur une réduction de l’impôt pour les entreprises et les plus fortunés. Le budget suscite son lot de critiques, sur le plan social comme sur le plan économique.

Le Royaume-Uni a un problème de croissance. Le nuage de récession voire de stagflation qui se profile à l’horizon s’assombrit de plus en plus. Pour relancer la machine, le Royaume-Uni tire une carte de son chapeau : un paquet de réductions d’impôt, qui profiteraient avant tout aux plus fortunés.

Le Royaume-Uni se base sur la théorie économique du « ruissellement ». La richesse des uns porte les autres vers le haut, en somme. Ainsi, il faudrait encourager la richesse pour relancer la croissance. Ce projet de budget, qui comprend des réductions d’impôt pour les entreprises et les riches, devrait être annoncé ce vendredi avec un paquet plus large concernant l’énergie (notamment des plafonds de prix), rapporte CNBC.

Concrètement, le plan comprend une annulation des hausses prévues sur les impôts des sociétés, la suppression du plafond de bonus des banquiers, ainsi qu’une réduction de l’impôt dû lors de l’achat d’une maison. Une récente hausse de l’impôt que les employés paient sur leur salaire sera également supprimée.

Polémiques

Mais même avant d’être officiellement annoncé, ce plan suscite déjà son lot de polémiques. Le premier allié du Royaume-Uni, l’antre du capitalisme et du privilège, pour lequel Londres s’est détourné de Bruxelles, n’est pas convaincu.

Le président des États-Unis, le démocrate Joe Biden, a indiqué sur Twitter en avoir assez du ruissellement. « Cela n’a jamais fonctionné ».

Or, on ne sait pas si Joe Biden a adressé ce tweet directement au gouvernement britannique, ou s’il s’agit simplement d’une considération économique et politique. Du côté de 10 Downing Street, on rétorque que ce serait « ridicule » de penser qu’il s’agirait d’un tweet dirigé contre le choix du gouvernement britannique.

Mais à domicile aussi, la mesure passe mal. Pour le plus grand parti d’opposition, le Labour, elle serait disproportionnée, bénéficiant plus aux riches qu’à ceux qui ont le plus besoin d’un coup de pouce. La mesure de suppression d’impôt sur le salaire ne profitera nullement aux retraités et aux personnes recevant des aides sociales, estime-t-il.

Pour la Première ministre Truss cependant, il n’y aurait rien d’injuste. « Nous savons que les personnes aux revenus les plus élevés paient généralement plus d’impôts, donc lorsque vous réduisez les impôts, il y a souvent un avantage disproportionné parce que ces personnes paient plus d’impôts en premier lieu », se défend-elle sur les ondes de Sky News, affirmant n’avoir pas peur de devenir impopulaire si ça permet de relancer le pays.

Versus la Banque centrale

Un tel paquet peut aussi paraître contradictoire avec la direction choisie par la Banque d’Angleterre. Cette semaine, le taux d’intérêt a été augmenté de 50 points de base jusqu’à 2,25%, pour faire face à l’inflation. Au mois d’août, celle-ci était de 9,9%, mais elle pourrait s’envoler jusque 18 ou 22% au début de l’année prochaine.

« La banque, qui cherche à freiner la demande des consommateurs, et le gouvernement, qui cherche à augmenter la croissance, pourraient maintenant tirer dans des directions opposées », s’inquiète David Bharier, directeur de la recherche auprès des British Chambers of Commerce.

Dans un contexte inflationniste, une mesure pour mettre plus d’argent en circulation peut aussi être contre-productive et donner un coup de jus à l’inflation, comme le montrent les baisses des taux d’intérêt en Turquie.

Ces mesures doivent aussi être financées, ce qui se fera par le biais de la dette publique. Pour Truss, la croissance résultant de la mesure couvrira les frais encourus. Mais creuser la dette publique n’est jamais sans risque : cela joue sur la stabilité financière du pays, à long terme. Creuser la dette peut aussi avoir des impacts sur l’inflation, entrainant un cercle vicieux.

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