Les armes autonomes sont une réalité, et elles ne sont même plus forcément des luxes de technologie. De là à les utiliser effectivement pour tuer des êtres humains, avec une décision finale prise par l’IA, il n’y a plus qu’un pas qui sera peut-être bien franchi en Ukraine.
Les « robots-tueurs », une innovation inévitable ? La course technologique a commencé

Pourquoi est-ce important ?
Toutes les nations s'estiment toujours préparées pour la prochaine guerre.... Jusqu'à ce que celle-ci éclate, et que rien ne se passe comme on l'avait été imaginé. On l'a vu en Ukraine, où des méthodes supposées anciennes comme les duels d'artillerie côtoient les drones-bombardiers et les premières munitions rôdeuses. Un conflit dont les différentes armées cherchent déjà à tirer des leçons.Dans l’actualité : Pour la première fois depuis 8 ans, le ministère de la Défense des États-Unis a modifié sa doctrine d’engagement les armes autonomes à intelligence artificielle dans une note publiée le 25 janvier dernier. L’OTAN avait publié une note dans ce sens en octobre dernier, qui enjoignait à maintenir l’avance technologique de l’Alliance dans le domaine des armes autonomes.
L’intelligence artificielle, bientôt une arme comme les autres ?
- Jusqu’à présent, les armes entièrement autonomes – capables de faire peser une menace sur le champ de bataille avec de moins en moins d’intervention humaine – sont restées marquées d’un certain tabou. Bien souvent qualifiés de « robots tueurs », ces engins semblaient marquer la limite de ce qui était acceptable quand il s’agit de se faire du mal entre êtres humains – justement car il n’y aurait plus d’humains derrière la machine.
- Mais ce tabou est en train de sauter, et les états-majors s’intéressent beaucoup aux armes les plus modernes utilisées en Ukraine, comme les munitions rôdeuses. Il s’agit d’un croisement entre un drone piloté et un missile à tête chercheuse, qui peut survoler discrètement une zone, jusqu’à trouver une cible intéressante, et frapper au bon moment. Jusqu’à présent avec une assistance humaine pour décider de l’attaque, mais ça pourrait changer.
Les armes autonomes ne tiennent plus de la science-fiction, et même si leur nombre reste encore limité, les projets se multiplient.
Drones-chiens de garde et robots antichars
- Les Ukrainiens ont ainsi mis au point des drones entièrement automatiques et programmés pour s’attaquer à d’autres drones, à l’approche de sites sensibles comme les centrales électriques. Une contre-mesure logique aux drones-kamikazes d’origine iranienne déployés par les Russes. Mais il s’agit là encore de technologies assez basiques.
- Côté russe, une entreprise nommée Android Technology à annoncé travailler sur un véhicule de combat robotisé, nommé Marker, qui sera capable d’engager les chars les plus modernes de l’Alliance atlantique, dont certains vont rejoindre les rangs ukrainiens. Mais l’annonce nous vient de Dmitri Rogozine, ancien directeur de l’agence spatiale russe pour le moins fantasque. Et Android Technology est la firme qui devait envoyer un robot humanoïde nommé Fédor sur l’ISS, ce qui n’a jamais été concrétisé. Des prototypes de Marker auraient toutefois déjà été déployés pour surveiller des aéroports.
- Plus concrètement l’armée néerlandaise est la première au sein de l’OTAN à tester sur le terrain un véhicule de combat robotisé, le système THeMIS, en octobre dernier. Mais l’engin répond encore à des pilotes, déployés en arrière, pour ouvrir le feu.
Un tabou a sauté
Une situation qui, éthiquement, reste très sensible : peut-on confier à une IA la décision d’ouvrir le feu sur un être humain ? Pour Human Rights Watch, ou le groupe Campaign to Stop Killer Robots, en aucun cas une machine ne doit décider seule de la pertinence ou non de tuer. Un enjeu pour lequel les mises en gardent pleuvent depuis des années. Mais il est probablement déjà trop tard.
- Pour Mykhailo Fedorov, le ministre ukrainien de la Transformation numérique, il ne fait aucun doute que des robots arpenteront bientôt le champ de bataille. C’est une « prochaine étape logique et inévitable » qui pourrait bien se concrétiser d’ici les six prochains mois, estime-t-il. Il est vrai que la guerre fait toujours office d’accélérateur pour ce genre d’innovation. Et qu’elle aide à outrepasser les garde-fous éthiques. On se rappellera des gaz de combat et autres armes chimiques, pourtant interdites avant leur emploi massif durant la Première Guerre mondiale.
- L’Ukrainien n’est certainement pas le seul à le penser : l’armée américaine a récemment déclaré avoir testé avec succès le pilotage d’un avion de combat par une IA, y compris dans des simulations d’affrontements. Russes et Chinois travaillent aussi sur ce genre de projet, sans qu’on sache à quel point ils en sont.
- Les robots ne feront pas disparaitre les êtres humains du champ de bataille ; il est rarissime qu’une technologie fasse table rase du passé dans le domaine militaire. Mais un tabou a sauté, et c’est peut-être en Ukraine qu’ils tomberont pour la première fois sous les balles de robots.