Risque d’embrasement en Bosnie : vers un retour de la guerre en Europe centrale ?

Alors que l’Union européenne suivait, incrédule, les événements tragiques d’Afghanistan avec l’évacuation des forces de l’Otan et l’exode face aux miliciens talibans, elle a sans doute négligé ce qui se passait sur le pas de sa porte. Car depuis la fin de l’été, les différents États des Balkans issus de l’éclatement de la Yougoslavie font face à une hausse des tensions, dans cette région du continent marquée par sa diversité tant ethnique que religieuse qui correspond mal au tracé des frontières. A tel point que certains craignent un nouvel embrasement balkanique, et pour quiconque est un tant soit peu familier de l’histoire du XXe siècle, c’est une perspective terrifiante.

Le mois dernier, des troubles s’étaient déclarés dans les régions à majorité serbe du Kosovo quand l’État central a voulu imposer une plaque minéralogique spéciale d’une validité de 60 jours à tout véhicule immatriculé en Serbie qui circulerait dans le pays, alors que de facto, une partie de la population dépend du voisin serbe pour ce genre de service.

Cette fois, c’est en Bosnie-Herzégovine que les esprits s’échauffent selon The Guardian : un leader autonomiste serbe local, Milorad Dodik, menace de mener une véritable sécession à l’encontre de l’administration étatique de ce pays multi-ethnique. Le 14 octobre dernier, Dodik a déclaré qu’il forcerait l’armée bosniaque à se retirer de la Republika Srpska (la moitié serbe de la Bosnie) en encerclant ses casernes, et que si l’Occident tentait d’intervenir militairement, il avait des « amis » qui avaient promis de soutenir la cause serbe, une référence présumée à la Serbie voisine, qui d’ailleurs tente de trouver sa place dans le marché mondial de l’armement. Mais aussi à la Russie, traditionnelle défenseuse des minorités slaves et orthodoxes opprimées en général, et des Serbes en particulier. Le mois dernier, la police serbe de Bosnie a effectué des exercices de « lutte contre le terrorisme » sur le mont Jahorina, d’où les forces serbes ont bombardé Sarajevo pendant tout le siège de 1992 à 1995.

Tensions ethniques dans les forces armées

Le quotidien britannique a pu consulter le dernier rapport de Christian Schmidt, ancien ministre allemand devenu au représentant à l’ONU pour la Bosnie-Herzégovine. Et celui-ci est fort alarmiste: « Cela équivaut à une sécession sans la proclamer. Les actions de Dodik mettent en danger non seulement la paix et la stabilité du pays et de la région, mais – si la communauté internationale ne réagit pas – elles pourraient conduire à l’annulation de l’accord [de paix de Dayton, signé en 1995] lui-même. Si la force armée de la BiH [Bosnie-Herzégovine] devait se scinder en deux armées ou plus, le niveau de la présence militaire internationale devrait être réévalué. »

Depuis le dernier conflit ethnique dans la région, entre 1992 et 1995, l’ONU maintient dans le pays une force de maintien de la paix, mais celle-ci ne compte plus que 700 personnes environ, depuis que la Bosnie-Herzégovine s’est progressivement reconstitué une armée et une police, des institutions qui doivent faire coexister toutes les ethnies du pays. Bien trop peu de casques bleus donc, si d’aventure le brasier reprend soudainement, ce qui risquerait de vite se propager au pays voisins, qui ont eux aussi leurs tensions ethniques. Pour rappel, la dernière guerre de Bosnie-Herzégovine a causé la mort d’au moins 100.000 personnes, civils et militaires bosniaques, serbes et croates ; 1,8 million de personnes furent déplacées, tous groupes ethniques confondus.

Un veto brandi depuis Moscou

Les avertissements de M. Schmidt ont été lancés alors que le Conseil de sécurité des Nations unies préparait sa résolution annuelle renouvelant le mandat de maintien de la paix pour la force de maintien de la paix et le quartier général de l’OTAN à Sarajevo, la capitale bosnienne, avec un vote ce mercredi. Moscou menace de bloquer la résolution si toutes les références au haut représentant ne sont pas supprimées. Le Kremlin s’est opposé à la nomination de M. Schmidt par le Conseil de mise en œuvre de la paix, un organe multinational ad hoc créé pour mettre en œuvre l’accord de paix de Dayton, et refuse de reconnaître son autorité.

Quant à ce que Milorad Dodik pourrait tirer de ces jets d’huile sur un feu mal éteint, c’est difficile à dire. Jasmin Mujanović, analyste de la politique bosnienne, estime qu’il tente de mettre la communauté internationale devant un fait accompli face auquel elle n’osera pas intervenir, d’autant qu’il possèderait effectivement des soutiens au sein de l’UE, en Hongrie par exemple. De là à dire que les populations serbes le suivraient dans cette course à l’autonomie de fait, il y a toutefois une nuance de taille dans ce pays qui souffre déjà assez du coronavirus pour voire le spectre de la guerre s’ajouter à ses malheurs. La Bosnie-Herzégovine a vu 9266 nouveaux cas se déclarer depuis le 19 octobre, et le bilan humain atteint 11 607 décès pour ce pays de 3,83 millions d’habitants.

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