Règles budgétaires: ‘La limite de 3% est dépassée’

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, discute avec le commissaire européen à l'Economie, Paolo Gentiloni
EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ

Le tout nouveau commissaire à l’économie, Paolo Gentiloni, a déclaré que l’Union européenne doit reconsidérer les règles budgétaires strictes. Selon l’Italien, cela est nécessaire pour répondre aux changements climatiques et à la faible croissance.

Lundi, Gentiloni a rappelé dans le journal allemand Süddeutsche Zeitung que la stricte discipline budgétaire que les États membres devaient exercer était née pendant la crise financière. Selon lui, elle nécessite une mise à jour.

« Nous sommes confrontés à des défis différents de ceux d’avant. La lutte contre le changement climatique et le danger d’une croissance et d’une inflation faibles », a-t-il noté dans le plus grand journal allemand.

Le Pacte de stabilité

Le pacte dit de stabilité et de croissance, élaboré en 1997 mais renforcé après la crise financière de 2008-2009, stipule, entre autres, que le déficit budgétaire d’un pays de l’UE ne doit pas dépasser 3 % de l’économie totale, c’est-à-dire le PIB, dans le jargon. La dette publique ne doit pas dépasser 60 % de ce PIB.

Certains États membres se sont conformés au pacte budgétaire soit en appliquant des politiques d’austérité pendant des années, soit grâce à une économie qui fonctionne bien. D’autres pays sont aux prises avec des dettes colossales.

L’Italie, par exemple, a du mal à se conformer aux règles budgétaires en raison de son économie en quasi-stagnation. L’Allemagne, qui est au bord de la récession, souhaiterait stimuler l’économie par des mesures fiscales, mais risque de se heurter au même pacte budgétaire. Mais la Belgique aussi, avec une dette nationale de plus de 100 %, est dans le peloton de queue européen.

« La règle des 3 % est d’un autre siècle »

De plus en plus d’Européens influents parlent de renoncer à ces règles budgétaires strictes. Nombreux sont ceux qui pensent que les pays de l’UE devraient bénéficier d’une plus grande flexibilité pour stimuler la croissance économique si nécessaire.

Le mois dernier, le président français Macron a déclaré dans le magazine The Economist que « nous devons investir davantage. L’Europe ne peut pas être la seule région à ne pas le faire ». La limite de 3 % est « d’un autre siècle ».

La BCE

La nouvelle présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, appelle également les gouvernements à investir davantage. Ce faisant, elle ne fait que suivre les pas de son prédécesseur Mario Draghi, qui a également exhorté à plusieurs reprises les pays dits riches de la zone euro à assouplir les règles budgétaires.

Ursula von der Leyen, la nouvelle présidente de la Commission, a annoncé dès son entrée en fonction qu’elle souhaitait simplifier considérablement le pacte de stabilité et de croissance.

M. Gentiloni n’est toutefois pas le commissaire chargé du budget. Il dit qu’il va « lancer un cycle de consultations ». Au cours du second semestre de 2020, il a l’intention de présenter des propositions concrètes.