Principaux renseignements
- Vladimir Poutine et la Russie préfèrent les provocations dissimulées aux invasions directes afin de préserver une ambiguïté stratégique.
- Une situation désespérée sur le plan intérieur ou une impasse en Ukraine pourraient pousser le Kremlin à une agression imprudente.
- L’OTAN doit afficher une unité inébranlable afin de maintenir le coût d’une attaque à un niveau prohibitif.
Un récent rapport des services de renseignement américains met en évidence plusieurs méthodes que Vladimir Poutine pourrait utiliser pour tester la détermination de l’OTAN d’ici à 2029.
Ces possibilités vont de la cyberguerre subtile et du recours à des intermédiaires clandestins au scénario plus extrême d’une invasion terrestre limitée des territoires orientaux de l’Alliance. Si une incursion physique ferait les gros titres, elle constitue logiquement l’option la moins probable pour le Kremlin. Contrairement aux opérations secrètes, la présence de troupes en uniforme fournit une preuve immédiate de la responsabilité de l’attaque, privant Moscou de l’ambiguïté stratégique qu’elle cultive soigneusement depuis deux ans.
Retenue
Le calcul stratégique est actuellement défavorable à la Russie. S’emparer d’une petite partie du territoire de l’OTAN n’offre aucun avantage tangible dans la guerre en cours en Ukraine. Même une victoire symbolique visant à exposer les faiblesses de l’OTAN serait trop coûteuse.
Bien que l’article 5 n’impose pas de type spécifique de riposte, toute réponse imposerait un niveau d’unité et de confrontation entre les alliés que Moscou s’efforce d’éviter depuis des années par le biais de provocations niables.
Trois facteurs de risque
Cependant, le risque n’est pas statique. Trois facteurs principaux pourraient modifier cette équation. Le premier est la question de la capacité. Certains chefs militaires suggèrent que la Russie pourrait disposer de la capacité d’envahir un État membre d’ici 2029. Cependant, avoir la capacité d’attaquer n’est pas la même chose qu’avoir la volonté de le faire.
Le deuxième facteur est la motivation. Si le Kremlin ressent un besoin désespéré d’une nouvelle victoire en raison d’échecs intérieurs ou d’une impasse en Ukraine, il pourrait se montrer plus téméraire. L’indicateur clé serait alors un changement dans les provocations actuelles à petite échelle : si la Russie cesse de se soucier de la déniabilité dans les incidents mineurs, elle pourrait cesser de la craindre dans les incidents de plus grande ampleur.
Le troisième facteur, et le plus crucial, est la certitude perçue quant à la riposte de l’OTAN. Poutine n’a pas besoin d’un inventaire précis des munitions occidentales pour évaluer le risque. Il lui suffit d’une impression générale de la volonté et de la capacité de l’alliance à agir rapidement. Les inquiétudes concernant l’épuisement des stocks de missiles américains pourraient influencer ses calculs. C’est la seule variable sur laquelle l’OTAN exerce un contrôle direct. La dissuasion repose sur le fait de maintenir le coût attendu d’une agression à un niveau supérieur à la récompense potentielle.
Les chances restent faibles
Alors que certains responsables affirment que les missions de surveillance actuelles réduisent les violations de l’espace aérien et sous-marin, d’autres estiment que la réponse politique aux incursions accidentelles — comme la récente chute d’un missile en Pologne — a été trop timide. Cela met en évidence une tension entre la dissuasion préventive et la réaction effective à une violation.
En fin de compte, une incursion à grande échelle reste irrationnelle dans les conditions actuelles, car la perte de la possibilité de nier l’implication l’emporte sur tout gain éventuel. Pour maintenir cette probabilité à un faible niveau, l’alliance doit s’attacher à préserver sa préparation militaire et à présenter un front politique uni. Prévenir un conflit n’est pas une décision ponctuelle, mais un processus continu visant à garantir que le coût d’une agression reste prohibitif. (fc)
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