Quel est le business criminel le plus lucratif du monde? Indice: ce n’est pas le trafic de drogue


La traite des êtres humains, combinée parfois à l’esclavage sexuel et à l’exploitation dans des emplois sous-payés, est « probablement le business le plus profitable » de toutes les activités criminelles, devançant même le trafic d’armes et celui de la drogue”.

Cette déclaration, c’est celle d’Izabella Cooper, une porte-parole du Frontex, l’agence européenne de surveillance des frontières. Ces propos ont été corroborés par une étude de l’association The Migrant Files (TMF), menée en collaboration avec le journal français Libération.

Depuis le mois de mars, l’Office européen de police (Europol) a identifié près de 30.000 personnes soupçonnées d’être des passeurs en Europe, dont 3000 actifs sur le pourtour méditerranéen.

D’après l’enquête de TMF, ces trafiquants auraient gagné 16 milliards d’euros depuis l’année 2000. Ils alimentent un autre marché : celui des techniques et technologies dont se dotent les Etats-membres pour tenter de juguler cette immigration clandestine. Les Etats-membres de l’UE auraient ainsi dépensé 13 milliards d’euros dans ces dispositifs, et pour expulser les migrants illégaux.

Le Frontex rappelle en outre qu’en dépit de la médiatisation des périlleuses traversées par bateau, celles-ci ne sont pas les plus fréquemment choisies par les migrants pour entrer en Europe, et que la plupart d’entre eux arrivent par avion, parfois sous une fausse identité, ou avec des visas temporaires. Ainsi, un vol avec de faux-papiers vers la Suède coûte 7500 Euros.

On peut d’ailleurs se demander pourquoi les migrants ne choisissent pas systématiquement d’entrer en Europe en avion, un moyen de transport rapide, sûr et relativement peu coûteux alors que la traversée risquée sur un bateau de fortune coûte plus de 1000 euros?

Le Professeur Hans Rosling répond à cette question en invoquant la Directive Européenne 2001/51/EC, qui oblige les compagnies aériennes ou maritimes ayant transporté des voyageurs sans visa à prendre en charge les coûts du retour de ces personnes dans leur pays d’origine.

Cette directive a donc motivé ces transporteurs à mettre en place des procédures de contrôle très strictes qui empêchent les réfugiés de prendre un avion pour l’un des pays membres de l’UE, afin d’y solliciter l’asile.

Car même si elle précise que les migrants qui ont le statut de réfugiés selon les critères de la Convention de Genève échappent à cette règle, c’est aux agents de comptoir qui se chargent de l’enregistrement des passagers que le législateur européen a laissé le soin de l’appréciation de la validité de ce statut. En cas d’erreur de leur part, c’est la compagnie qui doit régler les frais de retour au pays. Il n’est donc pas étonnant que par défaut, tous les voyageurs dépourvus de visas pour l’entrée dans le pays de destination soient refoulés aux comptoirs d’enregistrement des aéroports.

Selon Rosling, cette directive explique pourquoi les réfugiés choisissent d’effectuer la traversée de la Méditerranée malgré la dangerosité avérée de ce moyen d’entrée en Europe. Il conclut:

Cette directive est la raison pour laquelle tant de réfugiés se noient dans la mer Méditerranée”